Vous avez commandé un produit, payé, reçu une confirmation… puis le vendeur annule : « erreur de stock », « erreur de prix », ou simplement plus aucune nouvelle. Pire : il garde votre argent, ou promet un remboursement qui n'arrive jamais. Cette situation est très fréquente, notamment en ligne, et beaucoup d'acheteurs renoncent alors que le droit est largement de leur côté. Ce guide vous explique pourquoi le vendeur ne peut pas annuler unilatéralement une vente conclue, dans quel délai il doit vous rembourser, quelles pénalités s'ajoutent automatiquement en cas de retard, et comment l'y contraindre étape par étape.
L'essentiel
- Dès que vous avez commandé et que le vendeur a accepté (confirmation de commande, paiement encaissé), la vente est en principe parfaite : le vendeur ne peut pas l'annuler seul (article 1583 du Code civil).
- Si la commande n'est pas livrée ou si la vente est résolue, le professionnel doit vous rembourser dans les 14 jours ; au-delà, des majorations automatiques s'appliquent (jusqu'à 50 % du montant).
- La marche à suivre : réclamation écrite, puis mise en demeure, puis signalement sur SignalConso, médiateur de la consommation, et en dernier recours le tribunal judiciaire.
- Conservez toutes les preuves : confirmation de commande, e-mails, captures d'écran, relevé bancaire.
Vos droits
La vente est conclue dès l'accord sur la chose et le prix. L'article 1583 du Code civil pose que la vente « est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé ». Concrètement : quand votre commande a été acceptée par le professionnel (confirmation, encaissement), un contrat existe. L'article 1103 du Code civil ajoute que les contrats « tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits » : le vendeur ne peut pas se rétracter parce qu'il a trouvé un acheteur plus offrant ou parce que le produit est reparti à la hausse.
Les limites à connaître. Deux situations permettent au vendeur de contester la vente : l'erreur manifeste sur le prix (un téléviseur à 15 € au lieu de 1 500 € : la jurisprudence admet l'annulation pour prix dérisoire ou erreur évidente) et les conditions générales de vente qui, sur certains sites, prévoient que la commande n'est définitivement acceptée qu'à l'expédition. Cette clause n'est toutefois pas un blanc-seing : elle ne peut pas créer un déséquilibre significatif au détriment du consommateur (article L.212-1 du Code de la consommation sur les clauses abusives).
L'obligation de livrer et le remboursement. Le professionnel doit livrer à la date indiquée ou, à défaut, dans les 30 jours suivant la commande (article L.216-1 du Code de la consommation). S'il ne livre pas, vous pouvez le mettre en demeure de livrer dans un délai supplémentaire raisonnable, puis résoudre le contrat si rien ne vient (article L.216-6). Une fois le contrat résolu — ou la commande annulée par le vendeur lui-même —, il doit vous rembourser toutes les sommes versées au plus tard dans les 14 jours (article L.216-7).
Les pénalités automatiques. L'article L.241-4 du Code de la consommation prévoit que si le professionnel ne rembourse pas dans ce délai, les sommes dues sont de plein droit majorées : de 10 % si le remboursement intervient au plus tard 30 jours après l'échéance, de 20 % jusqu'à 60 jours, et de 50 % au-delà. « De plein droit » signifie que vous n'avez pas à le négocier : la majoration est due automatiquement, et vous pouvez la réclamer dans votre courrier.
En cas d'inexécution, le Code civil vous arme aussi. L'article 1217 du Code civil vous permet, face à un vendeur défaillant, de demander l'exécution forcée de la vente (obtenir le produit au prix convenu), la résolution du contrat, et des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi.
La marche à suivre
- Tentez d'abord l'amiable. Contactez le service client par écrit (e-mail ou formulaire, en gardant une trace). Rappelez la référence de commande, la date, le montant, et demandez soit l'exécution de la vente, soit le remboursement intégral sous 14 jours. Beaucoup de litiges se règlent à ce stade.
- Envoyez une réclamation écrite formelle. Sans réponse sous 8 à 15 jours, adressez une réclamation par lettre recommandée avec accusé de réception (ou recommandé électronique), en citant les articles 1583 du Code civil et L.216-7 et L.241-4 du Code de la consommation.
- Adressez une mise en demeure. Toujours en recommandé, fixez un ultime délai (8 jours par exemple), réclamez le remboursement majoré et annoncez les suites : médiateur, signalement, tribunal. Le modèle ci-dessous peut servir à cette étape.
- Signalez sur SignalConso (signal.conso.gouv.fr), la plateforme de la DGCCRF : le professionnel est informé du signalement et la répression des fraudes peut enquêter en cas de pratiques répétées. C'est gratuit et souvent efficace pour débloquer un dossier.
- Saisissez le médiateur de la consommation. Tout professionnel doit adhérer à un dispositif de médiation et vous en communiquer les coordonnées (articles L.612-1 et suivants du Code de la consommation). La saisine est gratuite pour le consommateur, possible après une réclamation écrite restée infructueuse, et dans l'année qui suit cette réclamation.
- Saisissez la justice. En dernier recours, le tribunal judiciaire est compétent ; vous pouvez saisir celui de votre domicile (article R.631-3 du Code de la consommation). Pour les litiges jusqu'à 5 000 €, la procédure est simplifiée (requête possible sans avocat), mais une tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative est en principe exigée. Si le vendeur ne conteste pas sérieusement la dette, une procédure d'injonction de payer peut aussi être envisagée.
Les délais à connaître
- 30 jours : délai maximal de livraison à défaut de date convenue (L.216-1).
- 14 jours : délai de remboursement après annulation ou résolution de la vente (L.216-7).
- +10 %, +20 %, +50 % : majorations automatiques selon le retard de remboursement (L.241-4).
- 1 an : délai pour saisir le médiateur après votre réclamation écrite.
- 5 ans : prescription de droit commun pour agir en justice contre le professionnel (article 2224 du Code civil).
Modèle de courrier
[Vos nom, prénom, adresse]
[Nom et adresse du vendeur]
Lettre recommandée avec accusé de réception
Objet : mise en demeure — remboursement de la commande n° [référence]Madame, Monsieur,
Le [date], j'ai passé sur votre site la commande n° [référence] d'un montant de [montant] €, payée le même jour et confirmée par votre e-mail du [date]. Conformément à l'article 1583 du Code civil, la vente était dès lors parfaite.
Le [date], vous avez annulé cette commande [ou : cette commande n'a jamais été livrée malgré ma demande du (date)]. À ce jour, je n'ai reçu aucun remboursement, en violation de l'article L.216-7 du Code de la consommation qui vous impose de rembourser l'intégralité des sommes versées dans les 14 jours.
Je vous mets en demeure de me rembourser la somme de [montant] €, majorée conformément à l'article L.241-4 du Code de la consommation, sous huit jours à compter de la réception de la présente.
À défaut, je saisirai le médiateur de la consommation, signalerai votre pratique à la DGCCRF via SignalConso et engagerai une action devant le tribunal judiciaire.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
[Signature]
FAQ
Le vendeur invoque une « erreur de prix » : peut-il vraiment annuler ?
Oui, mais seulement si l'erreur est manifeste : un prix dérisoire, sans rapport avec la valeur réelle du produit, peut justifier l'annulation de la vente. Une simple promotion agressive ou une erreur de quelques pourcents ne suffit pas. En cas de doute, le juge tranche au cas par cas.
Le site m'a remboursé en avoir ou en bon d'achat : suis-je obligé d'accepter ?
Non. Le remboursement doit en principe être effectué par le même moyen de paiement que celui utilisé. Un avoir ne peut vous être imposé ; vous pouvez exiger un remboursement en argent.
Le vendeur a déposé le bilan entre-temps : que faire ?
Déclarez votre créance auprès du mandataire ou liquidateur judiciaire désigné (les coordonnées figurent sur le BODACC ou auprès du greffe du tribunal de commerce), dans les délais de la procédure. Si vous avez payé par carte bancaire, interrogez aussi votre banque sur une éventuelle procédure de rétrofacturation.
Information générale, à jour en juin 2026. Cet article ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit.
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