Une auréole au plafond, un parquet gondolé, un mur qui cloque : le dégât des eaux est le sinistre habitation le plus fréquent en France. Et c'est souvent après la fuite que les vrais problèmes commencent : expert pressé qui minore les dommages, proposition d'indemnisation au rabais, dossier qui s'enlise pendant des mois. Ce guide vous explique comment déclarer correctement le sinistre, comment fonctionne la convention IRSI entre assureurs, comment contester une expertise défavorable et comment accélérer une indemnisation qui traîne. (Le cas du recours contre un voisin responsable est traité dans un autre guide.)
L'essentiel
- Vous devez déclarer le sinistre à votre assureur dans le délai prévu au contrat, qui ne peut pas être inférieur à 5 jours ouvrés à compter du moment où vous en avez connaissance (article L.113-2 du Code des assurances).
- Pour la plupart des dégâts des eaux en immeuble, la convention IRSI désigne un assureur « gestionnaire » unique — en principe celui de l'occupant — pour les dommages jusqu'à 5 000 € HT.
- Vous n'êtes jamais lié par l'expert de l'assureur : vous pouvez vous faire assister d'un expert d'assuré (contre-expertise), puis recourir à une tierce expertise en cas de désaccord persistant.
- L'action contre l'assureur se prescrit par 2 ans (article L.114-1) : une lettre recommandée suffit à interrompre ce délai (article L.114-2).
Vos droits
La déclaration du sinistre. L'article L.113-2, 4° du Code des assurances vous oblige à déclarer le sinistre « dès que vous en avez connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat », lequel ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés (deux jours ouvrés pour un vol). Une déclaration tardive ne fait perdre la garantie (« déchéance ») que si deux conditions sont réunies : le contrat prévoit expressément cette sanction, et l'assureur prouve que le retard lui a causé un préjudice (article L.113-2, dernier alinéa). Un retard justifié (hospitalisation, absence, découverte tardive du dommage) ne vous est pas opposable.
La garantie dégât des eaux. Vérifiez dans vos conditions générales ce qui est couvert (fuites, ruptures de canalisations, infiltrations, débordements) et ce qui est exclu (défaut d'entretien, infiltrations par façade, joints de carrelage, parfois la recherche de fuite — souvent garantie séparément). Les exclusions doivent être formelles et limitées et figurer en caractères très apparents (articles L.113-1 et L.112-4 du Code des assurances) : une exclusion vague ou noyée dans le contrat peut être écartée par le juge.
La convention IRSI. Pour les dégâts des eaux et incendies en immeuble (copropriété ou non), les assureurs appliquent entre eux la convention IRSI (en vigueur depuis 2018). Elle désigne un assureur gestionnaire unique — en règle générale l'assureur de l'occupant du local sinistré — qui pilote le dossier :
- tranche 1 : dommages jusqu'à 1 600 € HT par local — l'assureur gestionnaire indemnise son assuré sans recours, sur la base d'une évaluation simplifiée ;
- tranche 2 : dommages de 1 600 à 5 000 € HT — l'assureur gestionnaire missionne un expert unique pour le compte commun des assureurs concernés, indemnise, puis exerce ses recours.
Au-delà de 5 000 € HT de dommages matériels, le dossier sort de la convention et suit le droit commun. Point essentiel : l'IRSI est un accord entre assureurs ; elle ne peut pas réduire vos droits contractuels. Si son application aboutit à une indemnisation inférieure à ce que votre contrat prévoit, c'est le contrat qui prime dans votre relation avec votre assureur.
L'expertise et la contre-expertise. L'assureur peut missionner un expert (quasi systématique au-delà de 1 600 € HT). Son rapport ne s'impose pas à vous. Vous pouvez :
- faire établir vos propres devis et factures et les opposer à l'évaluation de l'expert ;
- mandater un expert d'assuré qui défend vos intérêts ; ses honoraires sont à votre charge, sauf si votre contrat inclut une garantie « honoraires d'expert » (fréquente) qui les rembourse en tout ou partie ;
- en cas de désaccord entre votre expert et celui de l'assureur, demander une tierce expertise : un troisième expert est désigné d'un commun accord (ou par le tribunal), ses frais étant en principe partagés par moitié, selon la clause d'expertise de votre contrat.
L'indemnisation. Le contrat fixe les modalités : vétusté déduite (sauf garantie « rebut » ou « valeur à neuf »), franchises, plafonds. L'article L.113-5 du Code des assurances oblige l'assureur à exécuter la prestation déterminée par le contrat dans le délai convenu — la plupart des contrats prévoient le paiement dans les 30 jours suivant l'accord sur l'indemnité. Au-delà, vous pouvez exiger des intérêts de retard au taux légal à compter de la mise en demeure (articles 1231-6 et 1344-1 du Code civil), et un retard fautif persistant peut justifier des dommages et intérêts complémentaires.
La marche à suivre
- Limitez les dommages et conservez les preuves : coupez l'eau si la fuite est chez vous, photographiez tout, gardez les biens endommagés (ne jetez rien avant le passage de l'expert), rassemblez factures et justificatifs de valeur.
- Déclarez le sinistre sous 5 jours ouvrés : espace client, téléphone, ou lettre recommandée (recommandée pour garder une preuve). Si plusieurs logements sont touchés, remplissez un constat amiable dégât des eaux avec les autres occupants : il fluidifie l'application de l'IRSI.
- Préparez l'expertise : devis d'artisans, factures, photos datées. Soyez présent le jour de l'expertise et faites consigner vos observations. Demandez la copie du rapport.
- Contestez par écrit toute évaluation insuffisante : réclamation motivée au service réclamations de l'assureur, devis contradictoires à l'appui ; le cas échéant, annoncez le recours à un expert d'assuré et activez la garantie honoraires d'expert.
- En cas de désaccord persistant, déclenchez la tierce expertise prévue par la clause d'expertise du contrat, ou saisissez directement le médiateur.
- Saisissez La Médiation de l'Assurance en engageant une démarche officielle (lamediationassurance.fr), gratuitement, après une réclamation écrite restée sans réponse pendant deux mois ou rejetée. Le médiateur rend un avis dans un délai de l'ordre de 90 jours à compter du dossier complet.
- En dernier recours, le tribunal judiciaire (tentative amiable préalable obligatoire jusqu'à 5 000 €). Pensez à interrompre la prescription biennale par lettre recommandée avant l'expiration du délai de deux ans. Les manquements graves de l'assureur peuvent être signalés à l'ACPR via abe-infoservice.fr.
Les délais à connaître
- 5 jours ouvrés au minimum pour déclarer le sinistre à compter de sa découverte (article L.113-2 du Code des assurances).
- 1 600 € HT / 5 000 € HT : seuils des tranches 1 et 2 de la convention IRSI ; expertise pour compte commun au-delà de 1 600 € HT.
- 30 jours : délai de paiement de l'indemnité prévu par la plupart des contrats après accord (vérifiez le vôtre).
- 2 mois : silence de l'assureur sur votre réclamation ouvrant la saisine de La Médiation de l'Assurance.
- 2 ans : prescription des actions nées du contrat (article L.114-1), interrompue par lettre recommandée relative au règlement de l'indemnité (article L.114-2), par la désignation d'un expert ou par une action en justice.
Modèle de courrier
[Vos nom, prénom, adresse] [Numéro de contrat — numéro de sinistre] À [Assureur, service réclamations, adresse] Lettre recommandée avec accusé de réception Objet : sinistre dégât des eaux du [date] — contestation de l'évaluation / mise en demeure d'indemniser
Madame, Monsieur,
J'ai déclaré le [date] un dégât des eaux survenu le [date] dans mon logement situé [adresse], sous le numéro de sinistre [numéro].
[Option contestation d'expertise :] L'évaluation retenue par votre expert, soit [montant] €, est manifestement insuffisante au regard des dommages constatés. Vous trouverez ci-joints [devis/factures] établissant un préjudice de [montant] €. Je conteste cette évaluation et vous demande de la réviser ; à défaut, je mettrai en œuvre la procédure de contre-expertise et de tierce expertise prévue par le contrat, ainsi que la garantie honoraires d'expert.
[Option retard d'indemnisation :] L'indemnité de [montant] €, acceptée le [date], ne m'a toujours pas été versée malgré le délai de [30] jours prévu à l'article [référence] des conditions générales. Je vous mets en demeure de procéder au paiement sous huit jours ; à défaut, les intérêts au taux légal courront à compter de la présente (articles 1231-6 et 1344-1 du Code civil).
La présente lettre recommandée interrompt par ailleurs la prescription conformément à l'article L.114-2 du Code des assurances.
Sans solution sous quinze jours, je saisirai La Médiation de l'Assurance, puis la juridiction compétente.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
[Signature] Pièces jointes : [photos, devis, rapport d'expertise, échanges]
FAQ
J'ai déclaré le sinistre après le délai de 5 jours : l'assureur peut-il refuser de payer ? Seulement si son contrat prévoit la déchéance pour déclaration tardive et s'il prouve que votre retard lui a causé un préjudice réel (impossibilité de constater les causes, aggravation des dommages). Un simple retard, sans préjudice démontré, ne suffit pas.
L'assureur peut-il m'imposer son artisan ou un règlement « en travaux » plutôt qu'en argent ? Il peut vous proposer la réparation en nature par un réseau d'artisans agréés, mais sauf clause contraire claire, vous pouvez en principe opter pour l'indemnité en argent et choisir votre entreprise. Relisez la clause « modalités d'indemnisation » de votre contrat.
Qui paie la recherche de fuite ? Depuis la convention IRSI, l'organisation et la prise en charge de la recherche de fuite incombent en principe à l'assureur gestionnaire (celui de l'occupant), même si la fuite vient d'ailleurs. Vérifiez aussi la garantie « recherche de fuite » de votre propre contrat.
Information générale, à jour en juin 2026. Cet article ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit.
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