Un « -70 % » calculé sur un prix jamais pratiqué, un magasin qui refuse de reprendre un cadeau de Noël, une carte cadeau périmée au pire moment : les périodes de promotion concentrent les litiges de consommation. Et elles charrient aussi des idées reçues tenaces — non, un article soldé n'est pas « ni repris ni échangé » si la garantie s'applique ; non, le magasin n'est pas toujours obligé de reprendre un achat regretté. Ce guide fait le tri entre ce que la loi vous garantit réellement, ce qui relève de la politique commerciale du vendeur, et comment réagir face à une fausse promotion.
L'essentiel
- Toute annonce de réduction doit afficher le prix antérieur, c'est-à-dire le prix le plus bas pratiqué dans les 30 jours précédant la promo (article L.112-1-1 du Code de la consommation) ; les faux rabais sont des pratiques trompeuses sanctionnées.
- En magasin, aucun droit légal au retour pour simple changement d'avis : reprise, échange ou avoir relèvent de la politique du commerçant. En ligne, vous avez 14 jours pour vous rétracter, même pendant les soldes.
- Les garanties légales (conformité, vices cachés) s'appliquent pleinement aux articles soldés : « ni repris ni échangé » ne vaut jamais pour un produit défectueux.
- Les soldes sont des périodes légales fixées par le Code de commerce ; le Black Friday n'est qu'une opération commerciale soumise aux règles ordinaires.
Vos droits
Les fausses promotions sont encadrées depuis la directive Omnibus. L'article L.112-1-1 du Code de la consommation (issu de l'ordonnance du 22 décembre 2021 transposant la directive 2019/2161, en vigueur depuis mai 2022) impose que toute annonce de réduction de prix indique le prix antérieur, défini comme le prix le plus bas pratiqué par le professionnel à l'égard de tous les consommateurs au cours des 30 derniers jours précédant la réduction. Gonfler le prix la veille du Black Friday pour afficher un rabais spectaculaire est donc illégal. Une fausse promotion constitue une pratique commerciale trompeuse (articles L.121-2 et suivants), passible de sanctions pénales (jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende, pouvant être portée à un pourcentage du chiffre d'affaires). La DGCCRF contrôle activement ces pratiques à chaque période de promotion.
Les soldes, un cadre légal spécifique. Les soldes sont définies par l'article L.310-3 du Code de commerce : deux périodes par an (hiver et été), d'une durée de quatre semaines chacune, à dates fixées par arrêté. Elles seules autorisent la revente à perte et l'usage du mot « soldes ». Les produits soldés doivent avoir été proposés à la vente et payés depuis au moins un mois. Le Black Friday, les ventes privées et le French Days ne sont pas des soldes : la revente à perte y est interdite et les règles des annonces de réduction (L.112-1-1) s'y appliquent intégralement.
Retours : la grande différence magasin / internet. En magasin, la loi ne prévoit aucun droit de retour pour un simple changement d'avis ou une erreur de taille : la vente est ferme (article 1583 du Code civil). Reprise, échange ou avoir sont des gestes commerciaux — mais si le commerçant les affiche (étiquette, panneau, conditions générales, politique « satisfait ou remboursé »), il doit les honorer : ses engagements le lient. À distance (internet, téléphone), l'article L.221-18 du Code de la consommation vous donne 14 jours pour vous rétracter sans motif, soldes ou pas, avec remboursement intégral (y compris les frais de livraison standard) sous 14 jours (article L.221-24). Exceptions notables (article L.221-28) : biens personnalisés, produits descellés non retournables pour hygiène, contenus numériques téléchargés, etc.
Articles soldés : garanties pleines et entières. Un article soldé ou acheté en promotion bénéficie de la garantie légale de conformité de deux ans (articles L.217-3 et suivants) et de la garantie des vices cachés (article 1641 du Code civil) exactement comme un article au prix fort. La mention « ni repris ni échangé » ne peut viser que le changement d'avis en magasin — jamais un défaut. Seule nuance : un défaut signalé au moment de l'achat (article « second choix » vendu avec accroc indiqué) ne peut plus être invoqué.
Cartes cadeaux et bons d'achat. La carte cadeau est un engagement contractuel : sa durée de validité (souvent un an) figure sur la carte ou les conditions de vente et s'impose aux deux parties. Une fois périmée, le commerçant n'est en principe pas tenu de la prolonger — réclamez avant l'échéance. En cas de faillite de l'enseigne, la carte devient une simple créance à déclarer à la procédure collective. Un commerçant ne peut pas refuser une carte cadeau valable pendant les soldes, sauf restriction prévue clairement dès l'émission.
La marche à suivre
- Constituez la preuve de la fausse promo ou du litige. Captures d'écran datées (prix affiché, prix antérieur, historique sur un comparateur), ticket de caisse, photo de l'étiquette ou du panneau « échange possible », conditions générales au jour de l'achat.
- Réclamez d'abord à l'amiable. Au service client ou au responsable de magasin, par écrit de préférence : demandez le respect de l'engagement affiché (retour, avoir), le remboursement après rétractation, ou l'application de la garantie sur l'article soldé défectueux.
- Réclamation écrite puis mise en demeure. Sans réponse, envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception citant les textes (L.112-1-1, L.221-18, L.217-3 selon le cas) et fixant un délai de 8 à 15 jours. Modèle ci-dessous.
- Signalez sur SignalConso (signal.conso.gouv.fr) : faux rabais, prix de référence fantaisiste, refus de remboursement après rétractation, ou non-respect d'un engagement affiché. Les signalements alimentent directement les contrôles DGCCRF, particulièrement nombreux autour du Black Friday et des soldes.
- Médiateur de la consommation. Après réclamation écrite infructueuse, saisissez gratuitement le médiateur dont relève l'enseigne (articles L.612-1 et suivants du Code de la consommation), dans l'année de votre réclamation.
- Tribunal judiciaire. En dernier recours, le tribunal judiciaire — possible à votre domicile (article R.631-3 du Code de la consommation) ; jusqu'à 5 000 €, procédure simplifiée avec tentative amiable préalable. Pour une pratique trompeuse d'ampleur, votre signalement peut aussi déboucher sur des poursuites engagées par la DGCCRF ou le parquet, indépendamment de votre action.
Les délais à connaître
- 30 jours : période de référence du « prix antérieur » pour toute annonce de réduction (L.112-1-1).
- 4 semaines, deux fois par an : durée légale des soldes (L.310-3 du Code de commerce).
- 14 jours : rétractation pour les achats en ligne (L.221-18) + 14 jours pour être remboursé (L.221-24), majorations automatiques au-delà (L.242-4).
- 2 ans : garantie légale de conformité, y compris sur les articles soldés (L.217-3).
- Durée de validité de la carte cadeau : vérifiez-la dès réception ; aucune prolongation n'est due après expiration.
Modèle de courrier
[Vos nom, prénom, adresse]
[Nom et adresse de l'enseigne — service client]
Lettre recommandée avec accusé de réception
Objet : réclamation — achat du [date], [magasin/site, n° de ticket ou de commande]Madame, Monsieur,
Le [date], j'ai acheté [produit] au prix de [montant] €, présenté comme bénéficiant d'une réduction de [X] % par rapport à un prix de référence de [montant] €.
[Option fausse promotion :] Or, ce produit était proposé à [montant] € dans les trente jours précédant l'opération, comme en attestent les pièces jointes. Le prix de référence affiché ne correspond donc pas au prix antérieur exigé par l'article L.112-1-1 du Code de la consommation, ce qui constitue une pratique commerciale trompeuse (articles L.121-2 et suivants). Je vous demande [le remboursement de la différence / l'annulation de la vente et le remboursement intégral] sous quinze jours.
[Option rétractation en ligne :] Conformément à l'article L.221-18 du Code de la consommation, je me suis rétracté le [date] et vous ai retourné le produit le [date]. Le remboursement, dû sous 14 jours (article L.221-24), n'est toujours pas intervenu : je vous mets en demeure d'y procéder, majoré dans les conditions de l'article L.242-4.
À défaut, je saisirai le médiateur de la consommation, signalerai ces faits à la DGCCRF via SignalConso et engagerai toute action utile devant le tribunal judiciaire.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
[Signature]
FAQ
Un magasin peut-il refuser de reprendre un cadeau de Noël qui ne plaît pas ?
Oui, s'il n'a rien promis : aucun texte n'impose la reprise d'un achat en magasin pour changement d'avis. Mais s'il affiche « échanges acceptés jusqu'au 15 janvier » ou le mentionne sur le ticket, il doit s'y tenir. Pour un achat en ligne, la rétractation de 14 jours s'applique — y compris si c'est un cadeau, le droit appartenant à l'acheteur.
Le vendeur refuse la garantie car « c'était soldé » : que répondre ?
Que la garantie légale de conformité (articles L.217-3 et suivants) s'applique intégralement aux articles soldés, et que seul un défaut expressément signalé à l'achat peut être exclu. En cas de refus persistant, signalez sur SignalConso et envoyez une mise en demeure.
Les prix peuvent-ils augmenter juste avant le Black Friday pour gonfler les rabais ?
C'est précisément ce que l'article L.112-1-1 interdit : la réduction doit être calculée sur le prix le plus bas des 30 derniers jours. Si vous constatez la manœuvre (historiques de prix, captures), signalez-la : c'est une pratique trompeuse pénalement sanctionnée.
Information générale, à jour en juin 2026. Cet article ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit.
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