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Loyers impayés : la marche à suivre, du premier retard à l'expulsion

Garant, clause résolutoire, commandement de payer : le parcours chronologique du propriétaire face à des loyers impayés.

DI
Disputeo — Recherche juridique
9 min
Loyers impayés : la marche à suivre, du premier retard à l'expulsion

Vous louez un bien immobilier et votre locataire n'a pas payé son loyer. C'est une situation stressante : chaque mois sans règlement, c'est une perte financière, des factures qui continuent à courir, et une incertitude sur ce que vous devriez faire. Vous hésitez entre relances amiables, mise en demeure et procédure d'expulsion. Cet article vous guide étape par étape dans le parcours légal et pratique du propriétaire face aux loyers impayés, avec les délais, les pièges à éviter, et les recours à votre disposition.

Les premiers signes et l'importance d'agir rapidement

Un loyer en retard de quelques jours ne signifie pas grand-chose ; les virement bancaires traînent parfois. Mais si la date convenue au bail est passée et que vous n'avez rien reçu au bout de 5 à 7 jours, il est temps de réagir. Ne tardez pas : chaque jour d'inaction renforce la position du locataire et affaiblit la vôtre juridiquement.

Premiers gestes : Contactez le locataire par téléphone ou SMS. Demandez-lui où en sont les choses. Beaucoup de retards sont involontaires (oubli, souci bancaire). Une conversation franche peut régler le problème sans conflit. Mais documentez cette conversation : notez la date, l'heure, ce qui a été dit, les promesses de paiement. Ces notes seront précieuses si vous devez justifier votre bonne foi devant un juge.

Si le locataire promet de payer rapidement, donnez-lui un délai raisonnable (3 à 5 jours). S'il devient évasif ou injoignable, passez à l'étape suivante.

La mise en demeure : l'étape indispensable

Avant tout recours judiciaire, vous devez adresser une mise en demeure au locataire. C'est un courrier officiel l'invitant à payer sous un délai donné (généralement 8 à 15 jours). Cette étape est légalement obligatoire. Elle sert aussi à prouver votre sérieux devant un tribunal.

Contenu essentiel : La mise en demeure doit préciser le montant exact dû, la période concernée (quel mois ou mois incomplets), le numéro du bail, et un délai de paiement. Elle doit aussi exhorter le locataire à régler ou à vous contacter pour négocier. Terminez par la menace claire : si le paiement n'intervient pas, vous engagerez une action judiciaire.

Envoi obligatoire : Vous devez l'envoyer par courrier recommandé avec accusé de réception. C'est la seule façon de prouver que le locataire l'a reçue. Ne l'envoyez pas par e-mail seul, même s'il donne son accord ; cela ne suffirait pas au tribunal. Vous pouvez l'envoyer aussi par e-mail en complément, mais le recommandé est fondamental.

Certains propriétaires commettent l'erreur de faire plusieurs relances avant la mise en demeure. Attendez plutôt que le délai initial soit visiblement dépassé (au moins 10 jours après la date d'échéance du loyer). Une mise en demeure hâtive peut être jugée disproportionnée ou inopportune.

Le délai d'exécution et la clause résolutoire

Votre bail contient probablement une « clause résolutoire ». Cette clause stipule qu'en cas de non-paiement du loyer pendant une durée donnée (souvent 2 à 3 mois), le bail est résolu de plein droit, ou presque. Vérifiez votre bail pour connaître exactement les conditions.

Comment ça marche : Si le bail prévoit qu'une résiliation intervient après 2 mois de loyer impayé, cette clause ne joue pas automatiquement. Vous devez toujours adresser une mise en demeure et donner un dernier délai. Passé ce délai, le bail est censé être rompu ; mais vous devez saisir le tribunal pour le faire reconnaître et ordonner l'expulsion.

En droit français, les juges ont tendance à protéger les locataires. Même si une clause résolutoire existe, un juge peut accorder un délai de grâce supplémentaire au locataire s'il juge que les circonstances l'exigent (difficultés financières temporaires, promesse sérieuse de règlement, autres paiements à jour). Attendez-vous à devoir prouver non seulement le non-paiement, mais aussi que vous avez épuisé les moyens amiables.

L'intervention du garant et ses obligations

Si le bail prévoit un garant (un parent ou un tiers qui s'engage à payer en cas de défaillance du locataire), c'est maintenant qu'il entre en jeu. Vous pouvez solliciter le garant en cas de non-paiement du locataire.

Comment procéder : Envoyez une mise en demeure au garant en parallèle (ou après celle au locataire). Indiquez-lui le montant dû, les mois impayés, et mettez-le en demeure de payer. Le garant est solidairement responsable : il peut être contraint de régler la totalité de la dette locative, y compris les intérêts de retard et les frais (sous certaines conditions).

Attention : Le garant n'est responsable que pour les dettes contractées durant son engagement. Si le garant a également signé un engagement en garantie (appelé « acte de cautionnement »), vérifiez la durée : le cautionnement prend souvent fin à la résiliation du bail, pas au moment de la signature.

De nombreux propriétaires commettent l'erreur de négliger le garant au profit du locataire. C'est une erreur : le garant est souvent plus solvable et plus réactif qu'un locataire défaillant.

Les délais importants : celui de prescription et celui de procédure

Deux délais différents s'appliquent. Le premier est le délai de prescription : celui-ci, vous disposez de 5 ans à partir du non-paiement pour réclamer un loyer (en vertu du droit civil). Dépassé ce délai, votre créance est éteinte.

Le second est le délai de recours judiciaire avant expulsion. En vertu du code de procédure civile, avant de demander l'expulsion, vous devez avoir engagé une mise en demeure, puis attendre son délai d'exécution. Une expulsion ne peut être prononcée que si le locataire a été formellement avisé et a eu l'occasion de se défendre.

Tableau des délais clés :

Événement Délai Qui agit
Loyer devrait être payé Date du 1er du mois (ou selon bail) Locataire
Attendre avant mise en demeure 5 à 10 jours après échéance Propriétaire
Envoyer mise en demeure (recommandé) Immédiatement après délai de grâce Propriétaire (huissier ou courrier)
Délai implicite de mise en demeure 8 à 15 jours après réception Locataire
Après expiration du délai, saisir le tribunal Immédiatement, ou dans les 2 mois Propriétaire
Procès au tribunal d'instance 3 à 6 mois en moyenne Juge
Jugement prononcé (si favorable) Date du jugement Juge
Délai d'appel du locataire 30 jours après signification du jugement Locataire
Commandement d'expulsion (si jugement définitif) Après expiration du délai d'appel ou jugement en appel Huissier
Délai avant expulsion effective 2 mois minimum après commandement (moratoire) Locataire
Prescription globale de la créance 5 ans depuis le non-paiement Propriétaire

Déposer plainte au tribunal : quelle juridiction et quel type de procédure ?

Après expiration du délai de mise en demeure sans paiement, vous pouvez saisir le tribunal. Lequel ? Cela dépend du montant de la créance. Pour un petit montant (inférieur à 4 500 euros), c'est le tribunal de proximité. Au-delà, c'est le tribunal judiciaire (ancien tribunal d'instance). Consultez nos ressources sur quel tribunal pour quel litige.

Procédure à suivre : Vous pouvez déposer une requête au greffe du tribunal ou passer par un huissier (plus cher, mais plus formel). La requête doit contenir : votre identité, celle du locataire, le bien loué, le montant de la créance, la copie du bail, la preuve de la mise en demeure, les paiements reçus (relevé bancaire ou reçus), et les paiements manquants.

Risque à anticiper : Le locataire peut demander un délai supplémentaire. Certains juges l'accordent généreusement, surtout si le locataire se manifeste et affiche une bonne volonté. Préparez-vous à une réaction de sa part. Apportez tous les éléments prouvant son absence de communication, ses promesses non tenues, et tout indice d'une intention de rester sans payer.

Le commandement d'expulsion et la phase finale

Si le jugement reconnaît votre droit d'expulsion et que le locataire n'a pas fait appel, l'huissier peut lui signifier un « commandement d'expulsion ». Ce document l'informe qu'il a 2 mois (minimum) pour quitter les lieux. Ce délai de 2 mois est appelé « délai de moratoire » ou « protection hivernale » (si expulsion prononcée entre le 1er novembre et le 31 mars).

Important : Même après le commandement, le locataire dispose de ce délai. Vous ne pouvez pas le forcer à partir avant. Pendant ce délai, certains locataires continuent à habiter et à ne pas payer. C'est légal, quoique désagréable.

À l'issue du moratoire, si le locataire est toujours présent, l'huissier peut mandater un serrurier et procéder à l'expulsion physique. C'est l'ultime étape, mais elle implique un coût supplémentaire.

Les indemnités et l'intérêt de retard

Au-delà du loyer impayé, vous pouvez réclamer :

  • Les intérêts de retard : En cas de non-paiement, les loyers impayés génèrent des intérêts légaux. Le taux varie selon que le locataire est en professionnel ou en non-commerçant. Pour un locataire « personne physique », le taux est celui fixé par la Banque de France (environ 2 % à 3 % par an, à vérifier). Pour un professionnel, le taux est plus élevé.
  • Les frais de mise en demeure : Les frais d'envoi en recommandé, et éventuellement les honoraires d'un huissier si vous avez passé par lui, peuvent être réclamés.
  • Les dommages et intérêts : Si le manquement du locataire vous cause un préjudice additionnel (frais bancaires, charges impayées suite au défaut de paiement du loyer, etc.), vous pouvez les inclure dans la demande.
  • Les charges locatives impayées : Si le locataire doit aussi des charges (eau, électricité commune, entretien, etc.), inclure leur montant dans la mise en demeure et la requête au tribunal.

Attention : les intérêts de retard et les frais ne remplacent pas une justification. Si le juge ordonne le paiement des loyers impayés, il faut expliquer comment les intérêts et frais s'appliquent. Avoir des factures ou un document énumérant précisément est crucial.

Les pièges courants et comment les éviter

Piège 1 : Accepter des paiements partiels sans accord écrit. Si vous recevez un demi-loyer et le locataire vous dit « c'est tout ce que j'ai ce mois-ci, l'autre moitié demain », exigez un engagement écrit (e-mail, SMS, courrier daté) détaillant le calendrier de paiement. Sinon, le juge pourrait penser que vous avez renoncé à la créance manquante.

Piège 2 : Ignorer le dépôt de garantie. Si la situation s'aggrave et que vous ne pouvez pas récupérer le loyer auprès du locataire, vous pouvez retenir le dépôt de garantie. Mais pas intégralement sans justification. Vous devez justifier chaque retenue (loyers, dégâts, charges manquantes) et rembourser le reste dans les 2 mois de la fin du bail. Consultez nos guides sur la restitution du dépôt de garantie.

Piège 3 : Tolérer des absences de communication. Si le locataire disparaît ou devient injoignable, documentez cette absence. Envoyez une mise en demeure et demandez une confirmation de réception. Un locataire qui fuit rend un jugement plus facile à obtenir.

Piège 4 : Négliger l'état des lieux. Si le locataire cause des dégâts au-delà de l'usure normale, photographiez-les avant son départ. Ces photos alimenteront une réclamation sur le dépôt de garantie ou un jugement ultérieur.

Piège 5 : Oublier de réviser le loyer. Chaque année, vous avez le droit de réviser le loyer selon l'indice de référence des loyers (IRL). Certains propriétaires ne le font jamais, ce qui les pénalise progressivement. Ce n'est pas un piège immédiat pour les arriérés, mais c'est une perte à long terme.

Les alternatives à l'expulsion : médiation et solution amiable

L'expulsion coûte cher (frais d'avocats, d'huissiers, coûts de justice), dure longtemps (6 mois à 1 an minimum), et peut laisser un bien endommagé. Avant de vous lancer dans ce parcours, envisagez une solution amiable.

La médiation : Vous pouvez proposer au locataire une séance de médiation. Un médiateur neutre peut aider à dégager une solution : fractionnement de la dette, délai réajusté, ou accord d'abandon partielle de créance. C'est moins coûteux et souvent plus rapide qu'un jugement.

Le plan de paiement : Si le locataire reconnaît la dette mais affirme rencontrer des difficultés temporaires, un plan peut être envisagé. Exemple : 50 % du loyer actuel, plus une fraction des arriérés. Couchez cet accord par écrit et faites-le signer par les deux parties.

La résiliance du bail : Parfois, il est plus simple de convenir d'une rupture du bail. Le locataire donne son préavis, quitte les lieux à une date convenue, et vous trouvez un nouveau locataire plus fiable. C'est une option si vous estimez que le locataire ne sera jamais en mesure de régulariser sa situation.

Pour explorer ces options, nous vous recommandons notre article sur régler un litige en 5 étapes.

Protéger votre bien et vos droits futurs

Pendant une procédure longue, le locataire continue à habiter sans forcément payer. Vous ne pouvez pas le pénaliser par des coupures d'eau ou d'électricité : c'est illégal. Mais vous pouvez :

  • Vérifier les charges : Demander au syndic (si copropriété) ou au gestionnaire d'immeuble de vous informer si les charges impayées s'accumulent. Cela renforce votre dossier au tribunal.
  • Surveiller les relevés bancaires : Confirmez que le loyer n'est vraiment pas payé. Certaines confusions adviennent sur le compte ou le numéro de virement.
  • Conserver toutes les communications : E-mails, SMS, relevés, mises en demeure, tout doit être archivé. Numérisez-les et conservez les originaux. C'est votre preuve si le dossier s'éternise.
  • Envisager une assurance loyers impayés : Si vous souhaitez vous prémunir contre les cas futurs, une assurance loyers impayés peut vous indemniser si un locataire ne paie pas. Cela existe sur le marché français, moyennant une prime.

Les recours en cas de bien endommagé à la fin de la location

Si, après expulsion, vous découvrez que le locataire a dégradé le bien (murs peints sans autorisation, carrelage cassé, installations électriques détériorées), vous pouvez retenir le dépôt de garantie ou engager une action judiciaire complémentaire contre le locataire.

Ayez des devis de réparation ou de professionnels. Photographiez chaque dégât. Les travaux d'usure normale (peinture usée, moquette vieillie) ne donnent droit à aucune retenue ; seules les dégradations au-delà de l'usure normal compte. Consultez notre article dédié pour comprendre les règles de restitution et de retenue.

Questions fréquentes

Combien de temps avant de pouvoir expulser un locataire pour loyers impayés ?

Comptez au minimum 6 à 9 mois à partir du premier non-paiement si tout se passe sans appel du locataire. Si ce dernier conteste devant le juge ou demande un délai de grâce, compter facilement 12 à 18 mois. L'expulsion physique intervient seulement après la fin du délai de 2 mois suivant le commandement de l'huissier. Patience et documentation sont les clés.

Puis-je changer les serrures ou couper l'eau si le locataire ne paie pas ?

Non, absolument pas. Changer les serrures ou couper les services (eau, électricité, gaz) sans décision judiciaire est une violation du droit à l'habitation. Vous seriez poursuivi pour accès forcé ou privation de services. L'expulsion légale est la seule voie. Elle semble longue, mais elle vous protège aussi légalement.

Si le locataire quitte les lieux, dois-je encore poursuivre la procédure ?

Si le locataire s'en va voluntairement et libère les lieux avant la fin de la procédure, vous pouvez demander au tribunal d'annuler la procédure. Vous gardez le droit de réclamer les loyers impayés (par une action séparée) et les dommages observés. Vous n'êtes pas obligé de poursuivre l'expulsion si c'est devenu inutile.

Le garant peut-il refuser de payer les loyers impayés ?

Non, en général. Si le bail et l'acte de cautionnement sont clairs, le garant est légalement tenu de couvrir la créance. Toutefois, si le cautionnement a une date limite ou des conditions spéciales, celles-ci s'appliquent. Vérifiez votre acte de cautionnement. Un garant qui refuse de payer peut être assigné en justice ; le jugement l'ordonnera de régler.

Puis-je demander plus de loyer au locataire suivant pour compenser ?

Non. Le loyer doit être raisonnable et conforme aux prix du marché du quartier. Vous ne pouvez pas « rattraper » une perte auprès d'un nouveau locataire. Vous devez plutôt minimiser les sinistres futurs : mieux vérifier les candidatures, demander des justificatifs de revenus (3 derniers bulletins de salaire), et exiger un garant solide.

Les intérêts de retard s'ajoutent-ils automatiquement ou dois-je les réclamer ?

Les intérêts courent automatiquement sur un loyer impayé, mais vous devez les réclamer explicitement dans votre mise en demeure et votre demande au tribunal. Si vous ne les mentionnez pas, le juge ne les accordera pas. Calculez-les soigneusement et listez-les par mois. Un comptable ou un expert peut vous aider.

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Avertissement : Cet article fournit une information juridique générale et à jour à sa date de publication. Il ne constitue pas un avis juridique personnalisé et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. Les délais, montants et procédures évoluent : vérifiez les sources officielles (Service-Public.fr, Légifrance) et, pour une situation complexe, consultez un avocat.

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