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Le bail commercial 3-6-9 : durée, loyer, renouvellement

10 min de lecture Mis à jour le June 13, 2026

Le bail commercial, souvent appelé « 3-6-9 », est le contrat qui encadre la location d'un local où s'exploite un fonds de commerce, artisanal ou industriel. Régi par les articles L.145-1 et suivants du Code de commerce, il offre au locataire une protection forte — durée longue, droit au renouvellement, encadrement du loyer — en contrepartie d'obligations précises. Cette fiche présente les conditions du statut, la mécanique de la durée, du loyer et du renouvellement, ainsi que les points de vigilance pour le bailleur comme pour le preneur.

L'essentiel

  • Le bail commercial relève du statut protecteur des baux commerciaux (art. L.145-1 et s. du Code de commerce).
  • Sa durée minimale est de 9 ans, avec une faculté de résiliation par le locataire à chaque échéance triennale (le « 3-6-9 »).
  • Le loyer est révisé selon un indice (ILC ou ILAT) et, au renouvellement, peut être plafonné ou déplafonné.
  • Le locataire bénéficie d'un droit au renouvellement ; à défaut, le bailleur lui doit en principe une indemnité d'éviction.
  • Un état des lieux d'entrée et de sortie est obligatoire, et la répartition des charges doit être détaillée.

Les conditions du statut

Le statut des baux commerciaux ne s'applique pas automatiquement : il suppose la réunion de plusieurs conditions. Le local doit abriter l'exploitation effective d'un fonds commercial, artisanal ou industriel, appartenant à l'exploitant. Le locataire doit en outre être immatriculé au registre du commerce et des sociétés (RCS) ou, pour un artisan, au registre national des entreprises (anciennement répertoire des métiers). Le bail doit enfin porter sur un local stable et permanent.

À côté du bail commercial existent des formules dérogatoires, comme le bail dérogatoire (ou bail de courte durée), conclu pour une durée maximale de trois ans au total et qui échappe au statut. Au-delà, ou si le locataire reste dans les lieux à l'expiration, un véritable bail commercial soumis au statut prend naissance.

La durée et la résiliation triennale

La durée minimale d'un bail commercial est de neuf ans. Le locataire peut toutefois donner congé à l'expiration de chaque période triennale (à 3 ans, puis 6 ans), d'où l'appellation « 3-6-9 », en respectant un préavis de six mois et les formes légales (acte d'huissier ou lettre recommandée avec accusé de réception). Certaines exceptions encadrées par la loi permettent d'écarter cette faculté, par exemple pour les baux de locaux construits en vue d'une seule utilisation ou les baux de longue durée.

Le bailleur, lui, ne peut en principe pas reprendre le local en cours de bail, sauf cas particuliers prévus par le statut (par exemple pour construire ou reconstruire l'immeuble, ou pour des motifs graves et légitimes).

Le loyer : fixation et indexation

Le loyer initial est librement fixé entre les parties. En cours de bail, il évolue selon deux mécanismes. La révision triennale légale permet, tous les trois ans, d'ajuster le loyer en fonction de la variation d'un indice de référence. De nombreux baux prévoient aussi une clause d'indexation (ou clause d'échelle mobile) qui révise le loyer chaque année.

Les indices utilisés sont publiés trimestriellement par l'INSEE :

IndiceActivités concernées
ILC (indice des loyers commerciaux)Commerces et activités artisanales.
ILAT (indice des loyers des activités tertiaires)Bureaux et activités tertiaires (professions libérales, services).

L'indice du coût de la construction (ICC), historiquement utilisé, n'est plus retenu pour les nouveaux baux commerciaux et professionnels. La variation du loyer révisé est en principe alignée sur la variation de l'indice de référence ; des dispositifs temporaires de plafonnement de la hausse de l'ILC ont par ailleurs été mis en place ces dernières années pour protéger les PME.

Le renouvellement : plafonnement et déplafonnement

À l'expiration des neuf ans, le locataire dispose d'un droit au renouvellement de son bail. Le loyer du bail renouvelé est en principe plafonné : il ne peut augmenter au-delà de la variation de l'indice (ILC ou ILAT) constatée depuis la dernière fixation. Ce plafonnement protège le locataire d'une hausse brutale.

Le bailleur peut toutefois obtenir le déplafonnement — c'est-à-dire la fixation du loyer à la valeur locative réelle — dans certains cas limitativement encadrés : modification notable des caractéristiques du local, de la destination des lieux, des obligations des parties ou des facteurs locaux de commercialité, ou encore bail dont la durée a dépassé douze ans. Lorsque le déplafonnement entraîne une forte hausse, celle-ci est généralement lissée dans le temps (la hausse annuelle ne pouvant dépasser un certain pourcentage du loyer de l'année précédente).

Droit au renouvellement et indemnité d'éviction

Si le bailleur refuse de renouveler le bail, il doit en principe verser au locataire une indemnité d'éviction destinée à réparer le préjudice causé par la perte du fonds (valeur du fonds de commerce, frais de réinstallation, etc.). Ce mécanisme est au cœur de la « propriété commerciale » : le locataire ne peut être privé de son fonds sans compensation, sauf motif grave et légitime (par exemple un défaut de paiement persistant) ou les cas où la loi écarte l'indemnité.

Les charges, l'état des lieux et la cession

Le bail doit comporter un inventaire précis et limitatif des charges, impôts et taxes répartis entre bailleur et locataire (article L.145-40-2 du Code de commerce), accompagné d'un état prévisionnel des travaux. Certaines dépenses, comme les grosses réparations de l'article 606 du Code civil, ne peuvent être mises à la charge du locataire.

Un état des lieux contradictoire doit être établi à l'entrée et à la sortie ; à défaut, le locataire ne peut être présumé avoir reçu les locaux en bon état. Enfin, le locataire peut en principe céder son bail à l'acquéreur de son fonds de commerce, toute clause l'interdisant étant réputée non écrite ; la sous-location, en revanche, est par principe interdite sauf accord du bailleur.

Les démarches clés

  1. Vérifiez l'éligibilité au statut : exploitation d'un fonds et immatriculation (RCS ou registre des métiers).
  2. Faites rédiger un bail précisant durée, loyer, indice de révision et inventaire des charges.
  3. Établissez un état des lieux d'entrée contradictoire.
  4. Suivez les échéances : révisions triennales, indexations annuelles, dates des congés triennaux.
  5. Anticipez le renouvellement : demande ou congé dans les formes et délais légaux, six mois avant l'échéance.

FAQ

Pourquoi parle-t-on de bail « 3-6-9 » ?
Parce que le bail dure au minimum neuf ans, mais que le locataire peut y mettre fin à chaque échéance de trois ans (3, 6 ou 9 ans).

Le bailleur peut-il augmenter librement le loyer ?
Non. En cours de bail, le loyer suit l'indice (ILC ou ILAT). Au renouvellement, il est en principe plafonné, sauf cas de déplafonnement prévus par la loi.

Qu'est-ce que l'indemnité d'éviction ?
C'est la somme due par le bailleur qui refuse de renouveler le bail sans motif grave et légitime ; elle indemnise le locataire de la perte de son fonds de commerce.

L'état des lieux est-il obligatoire ?
Oui, à l'entrée comme à la sortie. Son absence prive le bailleur de la présomption de remise des locaux en bon état.

Peut-on interdire au locataire de céder son bail ?
On ne peut pas lui interdire de céder le bail à l'acquéreur de son fonds. En revanche, la sous-location est interdite sauf accord du bailleur.

Information générale à jour à la date de mise à jour indiquée. Elle ne constitue pas un conseil juridique ou comptable individualisé et ne remplace pas l'accompagnement d'un professionnel.

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