Vous découvrez sur votre relevé un prélèvement d'un organisme dont vous n'avez jamais entendu parler. Ou bien un abonnement résilié depuis des mois continue de ponctionner votre compte chaque début de mois. Bonne nouvelle : le prélèvement SEPA est l'un des moyens de paiement les mieux encadrés, et la loi vous donne des délais confortables pour obtenir un remboursement, parfois sans même avoir à vous justifier. Ce guide vous explique quel délai s'applique à votre situation, comment bloquer les prélèvements futurs et comment forcer le remboursement si votre banque traîne. Si le problème persiste ou que vous avez besoin de structure votre réclamation, vous pouvez engager une démarche structurée sur Disputeo.
L'essentiel
- Prélèvement autorisé mais contesté (montant anormal, abonnement résilié) : vous avez 8 semaines après le débit pour demander le remboursement à votre banque, qui doit vous recréditer sous 10 jours ouvrables (articles L.133-25 du Code monétaire et financier).
- Prélèvement jamais autorisé (aucun mandat signé) : vous avez 13 mois après le débit, et le remboursement doit être immédiat (articles L.133-24 et L.133-18 du CMF).
- Pour stopper les prélèvements futurs, révoquez le mandat auprès du créancier et donnez à votre banque une instruction de blocage : elle est tenue de la respecter.
- La contestation auprès de la banque ne règle pas le fond du litige avec le créancier (facture due ou non) : ce sont deux questions distinctes.
Vos droits
Le prélèvement SEPA repose sur un mandat : un document (papier ou électronique) par lequel vous autorisez un créancier précis à prélever votre compte, identifié par une référence unique de mandat (RUM) et l'identifiant du créancier (ICS). Sans mandat valable, le prélèvement est une opération non autorisée.
Cas n° 1 : le prélèvement est totalement inconnu (non autorisé). Vous n'avez jamais signé de mandat avec cet organisme, ou vous l'aviez révoqué. Les articles L.133-18 et L.133-24 du Code monétaire et financier s'appliquent : signalement possible pendant 13 mois à compter du débit, et obligation pour la banque de rembourser immédiatement, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement, en remettant le compte dans son état antérieur (frais compris). La banque ne peut refuser qu'en prouvant votre fraude ou votre négligence grave (article L.133-23), ce qui est rarissime en matière de prélèvement.
Cas n° 2 : le prélèvement est autorisé mais vous le contestez. Vous aviez bien signé un mandat, mais le montant vous surprend ou l'abonnement aurait dû cesser. L'article L.133-25 du CMF vous permet de demander le remboursement dans les 8 semaines suivant le débit, et la banque doit vous rembourser (ou motiver son refus) dans les 10 jours ouvrables. Pour les prélèvements SEPA « cœur » utilisés en France, les règles interbancaires conduisent en pratique à un remboursement sans justification à fournir : c'est le mécanisme dit du « remboursement sans condition » pendant 8 semaines. Attention : ce remboursement ne signifie pas que vous ne devez rien au créancier ; s'il détient une créance valable, il pourra la réclamer par d'autres voies.
Le droit de bloquer les prélèvements futurs. L'article L.133-7 du CMF prévoit que le consentement à une série d'opérations peut être retiré : la révocation du mandat rend non autorisé tout prélèvement postérieur. Concrètement, vous pouvez demander à votre banque de bloquer les prélèvements d'un créancier donné (« liste noire »), de limiter les prélèvements à certains créanciers (« liste blanche ») ou de plafonner les montants. Ces facultés sont prévues par la réglementation européenne sur le prélèvement SEPA (règlement UE n° 260/2012, article 5 § 3 d).
Les frais. Les frais de rejet d'un prélèvement pour défaut de provision sont plafonnés à 20 € par opération (article D.133-6 du CMF), et un même prélèvement représenté ne peut pas générer deux fois des frais de rejet. La révocation d'un mandat auprès de la banque est en pratique facturée selon la brochure tarifaire ; vérifiez la vôtre.
La marche à suivre
- Identifiez le prélèvement. Le libellé mentionne l'ICS et souvent la RUM. Une recherche sur le nom du créancier permet fréquemment d'identifier un sous-traitant de facturation (énergie, presse en ligne, assurance affinitaire) avant de crier à la fraude.
- Révoquez le mandat auprès du créancier si vous voulez stopper les prélèvements : lettre recommandée avec accusé de réception (ou espace client) indiquant que vous retirez votre autorisation de prélèvement. Réglez par un autre moyen ce que vous devez réellement, le cas échéant.
- Contestez auprès de votre banque par écrit : dans les 8 semaines pour un prélèvement autorisé contesté, dans les 13 mois pour un prélèvement non autorisé. La plupart des banques proposent un formulaire en ligne ; doublez d'un écrit si le montant est important. Demandez aussi le blocage des prélèvements futurs de ce créancier.
- Surveillez le remboursement : 10 jours ouvrables (cas n° 1 du L.133-25) ou premier jour ouvrable suivant (opération non autorisée). En cas de refus, exigez une réponse écrite et motivée du service réclamations.
- Saisissez le médiateur bancaire (gratuit, article L.316-1 du CMF) si le refus persiste ou si la banque ne répond pas sous deux mois. Si le litige porte sur le fond de la créance (l'abonnement était-il résilié ?), c'est le médiateur du secteur concerné (énergie, télécoms, assurance) ou celui du créancier qu'il faut saisir. Pour les litiges complexes sur les frais ou la gestion du compte, consultez aussi notre guide sur les comptes bloqués et fermés.
- En dernier recours, le juge : tribunal judiciaire ; pour un litige jusqu'à 5 000 €, tentative amiable préalable obligatoire et procédure simplifiée possible sans avocat. En cas de fraude caractérisée (faux mandat), déposez plainte et signalez sur la plateforme Perceval si une carte est en cause. Vous pouvez signaler les pratiques de la banque à l'ACPR via abe-infoservice.fr.
Les délais à connaître
- 8 semaines après le débit : contestation d'un prélèvement autorisé (article L.133-25 du CMF) ; remboursement ou refus motivé sous 10 jours ouvrables.
- 13 mois après le débit : signalement d'un prélèvement non autorisé (article L.133-24) ; remboursement immédiat (article L.133-18).
- 2 mois : silence du service réclamations ouvrant la saisine du médiateur bancaire.
- 36 mois sans prélèvement : un mandat SEPA inutilisé devient caduc ; tout nouveau prélèvement suppose un nouveau mandat.
- 5 ans : prescription de droit commun pour agir en justice (article 2224 du Code civil).
Modèle de courrier
[Vos nom, prénom, adresse]
[Numéro de compte / IBAN]
À [Banque, service réclamations, adresse]
Lettre recommandée avec accusé de réception
Objet : contestation de prélèvement(s) et demande de remboursementMadame, Monsieur,
Mon compte n° [numéro] a été débité des prélèvements suivants au profit de [nom du créancier, ICS si connu] : [dates et montants].
[Option 1 — prélèvement non autorisé :] Je n'ai jamais consenti de mandat de prélèvement à cet organisme. Il s'agit d'opérations non autorisées au sens de l'article L.133-18 du Code monétaire et financier. Je vous demande leur remboursement immédiat, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant la réception de la présente, ainsi que l'annulation des frais éventuels.
[Option 2 — prélèvement autorisé contesté :] Je conteste ces prélèvements [motif : abonnement résilié le …, montant non conforme]. Conformément à l'article L.133-25 du Code monétaire et financier, la présente demande intervenant dans les huit semaines du débit, je vous demande le remboursement sous dix jours ouvrables.
Je vous demande en outre de bloquer tout prélèvement futur présenté par ce créancier sur mon compte, conformément à l'instruction que constitue la présente lettre.
À défaut, je saisirai le médiateur bancaire et, le cas échéant, la juridiction compétente.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
[Signature]
Pièces jointes : relevé de compte, [preuve de résiliation, échanges avec le créancier]
FAQ
La banque peut-elle refuser de me rembourser en me renvoyant vers le créancier ?
Non. Dans les délais légaux (8 semaines ou 13 mois selon le cas), votre interlocuteur est la banque, qui doit rembourser puis se retourner contre la banque du créancier. Le litige de fond avec le créancier est une question séparée.
Si je me fais rembourser, le créancier peut-il me poursuivre ?
Oui, s'il estime que sa facture est due, il peut vous la réclamer (relance, mise en demeure, justice). Le remboursement bancaire neutralise le moyen de paiement, pas la dette éventuelle. Ne l'utilisez pas pour échapper à une facture légitime. Attention particulière si le prélèvement provient d'un assureur ou d'un fournisseur d'énergie : consultez nos guides pour les refus de remboursement d'assurance ou les litiges contractuels.
Faut-il fermer son compte quand des prélèvements frauduleux apparaissent ?
Ce n'est généralement pas nécessaire : la révocation du mandat et le blocage du créancier suffisent dans la plupart des cas. Si vos coordonnées bancaires circulent et que les incidents se répètent, changer d'IBAN peut en revanche être une solution de dernier recours.
Information générale, à jour en juin 2026. Cet article ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit.
Un litige similaire à régler ?
Disputeo qualifie votre litige, invoque les bons articles de loi et génère votre mise en demeure prête à envoyer. Sans avocat, sans complexité.
Faire le diagnostic