Après un décès, les héritiers se retrouvent automatiquement propriétaires ensemble des biens du défunt : c'est l'indivision successorale. Tant que le partage n'est pas fait, rien ne peut se décider seul — et il suffit d'un frère qui occupe la maison sans payer, d'une sœur qui refuse de vendre ou d'un héritier silencieux pour que tout se bloque pendant des années. S'ajoute souvent une question qui fâche : l'assurance-vie souscrite par le défunt au profit d'un seul bénéficiaire échappe-t-elle vraiment à la succession ? Ce guide vous explique comment sortir d'une indivision, à l'amiable ou devant le juge, et ce que dit le droit sur l'assurance-vie.
L'essentiel
- « Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision » : chaque héritier peut demander le partage à tout moment (article 815 du Code civil).
- Le partage amiable est toujours préférable ; à défaut, le partage judiciaire se demande au tribunal judiciaire, avec avocat obligatoire.
- Les décisions de gestion courante se prennent à la majorité des deux tiers des droits indivis ; la vente d'un bien exige en principe l'unanimité, sauf autorisation du juge.
- L'assurance-vie est en principe hors succession (article L132-13 du Code des assurances), sauf si les primes versées étaient manifestement exagérées.
Vos droits
Le droit au partage. L'article 815 du Code civil pose un principe fort : nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision, et le partage peut toujours être provoqué, sauf jugement de sursis ou convention contraire. Concrètement, même si vous êtes le seul héritier à vouloir sortir, vous pouvez l'imposer — au besoin par la voie judiciaire.
La gestion de l'indivision. Pendant l'indivision, les actes d'administration (conclure un bail d'habitation, effectuer des travaux d'entretien, vendre des meubles pour payer les dettes de la succession, donner un mandat de gestion) peuvent être décidés par le ou les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis (article 815-3 du Code civil). Les actes les plus graves — vendre un immeuble, le donner en garantie — exigent en principe l'accord de tous.
La vente forcée à la majorité des deux tiers. Quand un indivisaire bloque la vente d'un bien, l'article 815-5-1 du Code civil permet aux indivisaires détenant au moins deux tiers des droits de demander au tribunal judiciaire l'autorisation de vendre le bien aux enchères (licitation), si la vente ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres.
L'occupation du bien par un héritier. Celui qui jouit privativement d'un bien indivis (par exemple en habitant la maison familiale) est redevable d'une indemnité d'occupation envers l'indivision, sauf accord contraire (article 815-9 du Code civil).
L'attribution préférentielle. Certains héritiers peuvent demander que tel bien leur soit attribué dans le partage, à charge de verser une soulte aux autres : c'est le cas notamment du conjoint ou de l'héritier qui habite le logement ou exploite l'entreprise (articles 831 et suivants du Code civil).
Le recel successoral. L'héritier qui dissimule des biens ou un autre héritier pour fausser le partage est privé de toute part sur les biens recelés (article 778 du Code civil). Dissimuler une donation ou vider les comptes du défunt peut coûter très cher.
Assurance-vie : le principe, hors succession. Le capital versé au bénéficiaire désigné d'un contrat d'assurance-vie ne fait pas partie de la succession du souscripteur (article L132-12 du Code des assurances). Il échappe donc aux règles du rapport et de la réduction qui protègent la part réservée des héritiers, et les primes versées n'ont en principe pas à être réintégrées (article L132-13 du même code).
L'exception : les primes manifestement exagérées. Ce même article L132-13 prévoit que les règles successorales redeviennent applicables si les primes étaient « manifestement exagérées eu égard aux facultés » du souscripteur. Les juges apprécient au cas par cas, au moment du versement : âge et état de santé du souscripteur, importance des primes par rapport à son patrimoine et à ses revenus, utilité réelle du contrat pour lui. Une personne très âgée qui place l'essentiel de son patrimoine en assurance-vie au profit d'un seul proche peut voir les primes réintégrées dans la succession. Dans certains cas extrêmes (volonté manifeste de se dépouiller au profit du bénéficiaire), le contrat peut même être requalifié en donation indirecte.
La marche à suivre
- Faites le point chez un notaire. Le recours au notaire est obligatoire dès que la succession comprend un bien immobilier, un testament ou une donation entre époux, ou dépasse 5 000 €. Il établit l'acte de notoriété, l'inventaire si besoin, et chiffre les droits de chacun. Interrogez aussi les assureurs : le fichier FICOVIE et l'AGIRA permettent de rechercher les contrats d'assurance-vie dont vous seriez bénéficiaire.
- Tentez le partage amiable. Si tous les héritiers sont d'accord, le partage amiable peut intervenir à tout moment (article 835 du Code civil) : chacun reçoit un lot correspondant à ses droits, avec soulte si nécessaire. Acte notarié obligatoire dès qu'il y a un immeuble. Si un héritier est silencieux, vous pouvez le mettre en demeure de se faire représenter ; s'il ne réagit pas dans les trois mois, le juge peut désigner un représentant (article 837 du Code civil).
- Pensez à la médiation ou à la convention d'indivision. Un médiateur (ou le notaire lui-même) peut débloquer un conflit familial. Si la sortie immédiate est impossible, une convention d'indivision (articles 1873-1 et suivants du Code civil) peut organiser la gestion pour une durée maximale de cinq ans renouvelable, avec un gérant désigné.
- Utilisez la voie des deux tiers si un seul héritier bloque une vente. Procédure de l'article 815-5-1 : déclaration devant notaire, signification au récalcitrant, puis autorisation du tribunal judiciaire.
- À défaut, demandez le partage judiciaire. Si le partage amiable échoue, tout indivisaire peut assigner les autres devant le tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession (article 840 du Code civil). L'avocat est obligatoire. Le tribunal ordonne le partage, désigne en général un notaire pour y procéder et, si les biens ne peuvent être commodément partagés, ordonne la vente par licitation. L'assignation doit décrire les diligences entreprises pour parvenir à un partage amiable.
- Contestez l'assurance-vie si nécessaire. Si vous estimez les primes manifestement exagérées, la contestation se règle d'abord par la discussion (souvent dans le cadre du règlement notarié), puis devant le tribunal judiciaire, avec avocat. Préparez les éléments de preuve : âge du souscripteur, montant des primes, composition du patrimoine, revenus.
Les délais à connaître
- Option successorale : un héritier ne peut être forcé d'opter pendant les 4 mois suivant le décès ; passé ce délai, vous pouvez le sommer d'opter par acte de commissaire de justice, et il a alors 2 mois pour répondre, faute de quoi il est réputé acceptant pur et simple (articles 771 et 772 du Code civil). Sans sommation, la faculté d'opter se prescrit par 10 ans (article 780).
- Déclaration de succession : à déposer aux impôts dans les 6 mois du décès (12 mois si décès hors de France), sous peine d'intérêts de retard.
- Action en partage : elle est en principe imprescriptible tant que dure l'indivision.
- Primes manifestement exagérées : l'action est soumise à la prescription de droit commun de 5 ans (article 2224 du Code civil), courant en principe à compter du jour où l'héritier a connu ou aurait dû connaître les faits — souvent au décès ou lors du règlement de la succession.
Modèle de courrier
Lettre de mise en demeure aux coïndivisaires (recommandé avec accusé de réception) :
[Vos prénom, nom, adresse]
[Prénom, nom, adresse du ou des coïndivisaires]
À [ville], le [date]Objet : succession de [prénom, nom du défunt], décédé(e) le [date] — demande de partage amiable
Madame, Monsieur,
Nous sommes ensemble en indivision sur les biens dépendant de la succession de [prénom, nom], à savoir notamment : [désignation des biens : maison située à …, comptes bancaires, etc.].
Cette indivision dure depuis le [date du décès] et aucune solution n'a pu être trouvée à ce jour concernant [la vente du bien / l'occupation du logement / le règlement de la succession].
Conformément à l'article 815 du Code civil, nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision. Je vous demande donc de bien vouloir procéder au partage amiable de la succession et vous propose de prendre rendez-vous à cette fin auprès de Maître [nom du notaire], notaire à [ville], avant le [date].
À défaut de réponse ou d'accord dans un délai de [un mois], je me verrai contraint(e) de saisir le tribunal judiciaire d'une demande de partage judiciaire, ce qui engendrera des frais supplémentaires pour l'ensemble des héritiers.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
FAQ
Un seul héritier peut-il bloquer la vente de la maison ?
Pas indéfiniment. Les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits peuvent demander au tribunal l'autorisation de vendre (article 815-5-1 du Code civil), et tout héritier peut provoquer le partage judiciaire, qui aboutit le cas échéant à la vente aux enchères du bien.
L'assurance-vie doit-elle être partagée entre les héritiers ?
En principe non : le capital revient au bénéficiaire désigné, hors succession (articles L132-12 et L132-13 du Code des assurances). Exception : si les primes versées étaient manifestement exagérées par rapport aux moyens du souscripteur, elles peuvent être réintégrées dans la succession et partagées.
Combien coûte un partage ?
Outre les émoluments du notaire, le partage donne lieu à un droit fiscal de partage de 2,5 % de l'actif net partagé pour les successions (le taux réduit de 1,1 % ne concerne que les partages liés à un divorce ou à une rupture de PACS). En cas de partage judiciaire s'ajoutent les honoraires d'avocat.
Information générale, à jour en juin 2026. Cet article ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit.
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