Des remarques à connotation sexuelle répétées, des messages déplacés, une pression pour obtenir un acte sexuel en échange d'une promotion : si vous vivez cela au travail, vous n'êtes pas en faute et vous n'êtes pas seul·e. La loi vous protège, oblige votre employeur à agir, et aménage les règles de preuve en votre faveur — vous n'avez pas à apporter une preuve parfaite pour être entendu·e. Ce guide explique ce que dit le droit, comment constituer un dossier solide, et les deux voies de recours possibles, devant le conseil de prud'hommes et au pénal, qui peuvent être menées en parallèle.
L'essentiel
- Le harcèlement sexuel est interdit par l'article L. 1153-1 du Code du travail et puni par l'article 222-33 du Code pénal (jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende, 3 ans et 45 000 € avec circonstances aggravantes, notamment l'abus d'autorité).
- La preuve est aménagée aux prud'hommes : vous présentez des éléments laissant supposer un harcèlement ; c'est ensuite à l'employeur ou au harceleur de démontrer le contraire.
- L'employeur a une obligation de prévention (article L. 1153-5) : s'il n'a rien fait, sa responsabilité est engagée même s'il n'est pas l'auteur des faits.
- Toute sanction ou licenciement lié au fait d'avoir subi, refusé ou dénoncé des faits de harcèlement sexuel est nul (articles L. 1153-2 à L. 1153-4).
- Des relais existent : le 3919 (numéro d'écoute gratuit et anonyme), l'AVFT (Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail), le Défenseur des droits, et la plainte pénale.
Vos droits
La définition. L'article L. 1153-1 du Code du travail interdit deux types de comportements. D'une part, les propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste répétés qui portent atteinte à votre dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créent à votre encontre une situation intimidante, hostile ou offensante — y compris lorsqu'ils émanent de plusieurs personnes de manière concertée, même si chacune n'a agi qu'une fois. D'autre part, toute forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, pour soi ou pour un tiers (le « chantage sexuel ») : un seul fait suffit. L'auteur peut être un supérieur, un collègue sans lien hiérarchique, ou même un tiers en contact avec vous (client, fournisseur).
La preuve aménagée. L'article L. 1154-1 du Code du travail prévoit qu'en cas de litige, le salarié présente des éléments de fait laissant supposer l'existence d'un harcèlement. Au vu de ces éléments, c'est à la partie défenderesse de prouver que les agissements ne sont pas constitutifs d'un harcèlement et que ses décisions sont justifiées par des éléments objectifs. Concrètement, sont recevables : SMS, courriels, messages sur les réseaux, attestations de collègues (même sur des faits visant d'autres salariés), certificats médicaux, comptes rendus d'entretien, main courante, enregistrements — la Cour de cassation admet depuis 2023 qu'une preuve obtenue de façon déloyale (par exemple un enregistrement clandestin) peut être recevable si elle est indispensable et proportionnée.
Les obligations de l'employeur. L'article L. 1153-5 lui impose de prévenir les faits de harcèlement sexuel, d'y mettre un terme et de les sanctionner : information des salariés (le texte de l'article 222-33 du Code pénal doit être porté à leur connaissance, avec les coordonnées des autorités et services compétents), actions de prévention au titre de l'article L. 4121-1 (obligation générale de sécurité). Dans les entreprises d'au moins 250 salariés, un référent harcèlement sexuel doit être désigné (article L. 1153-5-1) ; le CSE désigne lui aussi un référent parmi ses membres dès 11 salariés (article L. 2314-1). Dès qu'un signalement existe, l'employeur doit enquêter. S'il reste passif, il engage sa responsabilité et vous pouvez obtenir des dommages et intérêts distincts pour manquement à l'obligation de prévention.
Les protections. Aucun salarié, candidat ou stagiaire ne peut être sanctionné, licencié ou discriminé pour avoir subi ou refusé de subir des faits de harcèlement sexuel (article L. 1153-2), ni pour les avoir relatés ou témoigné de bonne foi. Toute mesure contraire est nulle (article L. 1153-4) : un licenciement nul ouvre droit à la réintégration ou à une indemnité d'au moins 6 mois de salaire, hors barème (article L. 1235-3-1 du Code du travail).
Le volet pénal. Le harcèlement sexuel est un délit (article 222-33 du Code pénal) ; l'agression sexuelle (tout contact physique imposé sur une zone sexuelle) relève d'articles distincts et de peines plus lourdes. La plainte pénale et l'action prud'homale sont indépendantes et cumulables.
La marche à suivre
- Mettez-vous en sécurité et notez tout. Tenez un journal daté des faits (qui, quoi, où, témoins), conservez messages et courriels (transférez-les sur une adresse personnelle), consultez votre médecin traitant et le médecin du travail, que vous pouvez saisir directement et confidentiellement. Parlez-en : le 3919 (Violences Femmes Info, gratuit, anonyme, 24h/24) et l'AVFT (avft.org) offrent écoute et accompagnement spécialisés, y compris pour préparer les procédures.
- Signalez en interne. Alertez le référent harcèlement du CSE ou de l'entreprise, un élu du personnel, ou directement l'employeur. Le signalement déclenche l'obligation d'enquête. Si l'auteur est votre supérieur direct, adressez-vous à son propre supérieur ou aux ressources humaines.
- Écrivez à l'employeur (lettre recommandée avec accusé de réception) pour formaliser le signalement et demander des mesures de protection immédiates (éloignement de l'auteur, et non de la victime). Ce courrier date officiellement la connaissance des faits par l'entreprise.
- Saisissez les autorités externes si rien ne bouge : l'inspection du travail (qui peut enquêter et transmettre au procureur), le Défenseur des droits si les faits s'accompagnent de discrimination, et déposez plainte au commissariat, en gendarmerie ou par courrier au procureur de la République — les services sont tenus d'enregistrer votre plainte.
- Saisissez le conseil de prud'hommes pour obtenir des dommages et intérêts (préjudice moral, manquement à la prévention), l'annulation des sanctions subies, ou faire juger qu'une rupture (licenciement, prise d'acte) est imputable à l'employeur. L'aide d'un avocat ou d'un défenseur syndical est recommandée ; l'AVFT peut vous orienter. Vous pouvez également engager une démarche de diagnostic auprès de Disputeo pour comprendre vos options et préparer votre dossier.
Les délais à connaître
- 5 ans à compter du dernier fait pour agir au civil (conseil de prud'hommes) en matière de harcèlement sexuel ou de discrimination (prescription de droit commun, article 2224 du Code civil).
- 6 ans à compter du dernier fait pour la plainte pénale (délit, article 8 du Code de procédure pénale).
- 12 mois pour contester une rupture du contrat (mais en cas de nullité liée au harcèlement, l'action sur le harcèlement lui-même reste soumise au délai de 5 ans).
- 2 ans pour les litiges d'exécution du contrat, 3 ans pour les rappels de salaires.
Modèle de courrier
[Vos nom, prénom, adresse]
[Nom et adresse de l'employeur / service RH]
Lettre recommandée avec accusé de réception
Objet : signalement de faits de harcèlement sexuel — demande de mesures de protectionMadame, Monsieur,
Je porte à votre connaissance des faits de harcèlement sexuel dont je suis victime dans le cadre de mon travail, au sens de l'article L. 1153-1 du Code du travail.
Depuis le [date], [M./Mme X, fonction] a, de manière répétée, [décrire précisément les faits : propos, gestes, messages, dates, lieux, témoins éventuels]. Ces agissements ont les conséquences suivantes sur ma santé et mon travail : [arrêts, suivi médical, anxiété, etc.]. Je tiens à votre disposition les éléments suivants : [messages, attestations, certificats].
En application des articles L. 1153-5 et L. 4121-1 du Code du travail, je vous demande de prendre sans délai toutes mesures pour faire cesser ces agissements et me protéger, notamment [éloignement de l'auteur, organisation d'une enquête interne avec le référent harcèlement du CSE].
Je vous rappelle qu'aucune mesure défavorable ne peut être prise à mon encontre en raison de ce signalement (articles L. 1153-2 et L. 1153-4 du Code du travail).
Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
[Signature]
FAQ
Je n'ai pas de « preuve directe », seulement des souvenirs et quelques messages : puis-je agir ?
Oui. Devant les prud'hommes, vous devez seulement présenter des éléments de fait laissant supposer un harcèlement (journal daté, messages, attestations, certificats médicaux pris ensemble) ; la charge bascule alors sur la partie adverse. Au pénal, l'enquête (auditions, perquisitions de téléphones) peut réunir des preuves que vous ne pouvez pas obtenir seul·e.
Un fait unique peut-il suffire ?
Oui, dans le cas du chantage sexuel : une pression grave exercée, même une seule fois, dans le but d'obtenir un acte de nature sexuelle constitue un harcèlement sexuel (article L. 1153-1, 2°). Tout contact physique imposé relève en outre de l'agression sexuelle, plus sévèrement punie.
Puis-je être licencié·e pour avoir dénoncé les faits ?
Non, dès lors que vous êtes de bonne foi (c'est-à-dire que vous relatez des faits que vous croyez sincèrement exacts, même s'ils ne sont finalement pas qualifiés de harcèlement). Toute sanction ou licenciement pris en représailles est nul, avec réintégration possible ou indemnité d'au moins 6 mois de salaire.
Information générale, à jour en juin 2026. Cet article ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. En cas de danger immédiat, appelez le 17.
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