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Le logement insalubre : signalement, procédure et droits du locataire

8 min de lecture Mis à jour le June 15, 2026

L'insalubrité d'un logement va au-delà de la simple non-décence : elle caractérise un danger immédiat pour la santé ou la sécurité des occupants. Distincte de l'indécence, l'insalubrité relève d'une procédure administrative menée par l'Agence Régionale de Santé (ARS) et le préfet, sur le fondement du code de la santé publique. Cette fiche détaille les critères, la procédure de signalement et les droits du locataire face à un logement insalubre.

L'essentiel

  • L'insalubrité est définie par le code de la santé publique (articles L. 1331-22 à L. 1331-30) et le code de la construction et de l'habitation.
  • Les signes caractéristiques sont l'humidité permanente, les moisissures, le plomb (saturnisme), les nuisibles ou un danger structurel.
  • La procédure est administrative : le signalement passe par l'ARS et aboutit à un arrêté d'insalubrité pris par le préfet.
  • Le locataire peut suspendre le paiement du loyer dès l'arrêté d'insalubrité.
  • Le bailleur a l'obligation de reloger les occupants et de réaliser les travaux à ses frais.

Indécence ou insalubrité : quelles différences ?

CritèreLogement indécentLogement insalubre
FondementDécret n° 2002-120 (logement décent)Code de la santé publique (L. 1331-22 et suivants)
GravitéManque de confort, équipements insuffisantsDanger immédiat pour la santé ou la sécurité
ProcédureJudiciaire (juge des contentieux de la protection)Administrative (ARS, préfet)
SanctionRéduction de loyer, travaux sous astreinteArrêté d'insalubrité, interdiction d'habiter, relogement

Comment identifier un logement insalubre

L'insalubrité résulte de l'état du logement ou de son environnement. Les signes les plus fréquents sont :

  • Humidité grave et moisissures : infiltrations permanentes, remontées capillaires, condensation anormale.
  • Présence de plomb : peintures écaillées contenant du plomb (saturnisme), particulièrement dangereuses pour les enfants de moins de 6 ans.
  • Installations électriques ou de gaz dangereuses : fils dénudés, prises arrachées, fuites de gaz.
  • Absence ou insuffisance de chauffage : impossibilité d'atteindre 18 °C en hiver.
  • Défaut d'aération : pièces sans fenêtre, ventilation inexistante ou obstruée.
  • Présence de nuisibles : punaises de lit, rongeurs, cafettes en nombre important.
  • Danger structurel : plancher qui s'affaisse, murs fissurés, toiture qui fuit gravement.

La procédure de signalement

1. Saisir l'Agence Régionale de Santé (ARS)

Le locataire, ou tout occupant, peut adresser un signalement écrit à l'ARS de son département. Ce signalement peut être fait par tout moyen (courrier, formulaire en ligne). L'ARS accuse réception et déclenche une enquête.

2. L'enquête de l'ARS

Un technicien sanitaire de l'ARS visite le logement pour constater les désordres. Il évalue la gravité de la situation et rédige un rapport. En parallèle, la commission départementale de l'environnement et des risques sanitaires (CODERST) peut être saisie pour avis.

3. L'arrêté d'insalubrité

Si l'insalubrité est avérée, le préfet prend un arrêté d'insalubrité (article L. 1331-26 du code de la santé publique). Cet arrêté peut être :

  • Simple : le bailleur doit réaliser des travaux sous un délai déterminé.
  • Avec interdiction d'habiter : le logement est impropre à l'habitation et doit être évacué.
  • Temporaire : valable le temps des travaux.
  • Définitif : le logement ne pourra plus jamais être habité.

Les droits du locataire pendant la procédure

Le locataire bénéficie de protections importantes :

  • Suspension du loyer : à compter de l'arrêté d'insalubrité avec interdiction d'habiter, le loyer cesse d'être dû. Le locataire peut également demander au juge la suspension ou la réduction du loyer dès le signalement.
  • Obligation de relogement : si l'arrêté prononce l'interdiction d'habiter, le bailleur doit proposer un logement de relogement décent (article L. 521-1 du CCH).
  • Hébergement d'urgence : en attendant le relogement, le locataire peut être pris en charge par le 115 (SAMU social).
  • Dommages et intérêts : le locataire peut obtenir réparation du préjudice de jouissance subi.

Les obligations du bailleur

Le bailleur d'un logement insalubre est tenu à des obligations strictes :

  • Réaliser les travaux prescrits par l'arrêté d'insalubrité dans le délai imparti.
  • Reloger les occupants aux frais du bailleur (hébergement temporaire ou relogement définitif).
  • À défaut, le préfet peut faire exécuter les travaux d'office aux frais du propriétaire (article L. 1331-28).
  • Le bailleur s'expose à des sanctions pénales : amende pouvant atteindre 50 000 € et emprisonnement en cas de mise en danger délibérée (article L. 1337-1).

Références légales

  • Code de la santé publique, articles L. 1331-22 à L. 1331-30 : définition et procédure d'insalubrité.
  • Code de la santé publique, article L. 1337-1 : sanctions pénales.
  • Code de la construction et de l'habitation, article L. 521-1 : obligation de relogement.
  • Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 20-1 : suspension du loyer.

FAQ

Quelle est la différence entre un logement indécent et un logement insalubre ?
L'indécence est un manquement aux critères de confort (décret 2002-120), l'insalubrité un danger pour la santé ou la sécurité (code de la santé publique). L'insalubrité est plus grave et relève d'une procédure administrative.

Le locataire peut-il arrêter de payer le loyer sans décision de justice ?
Non. La suspension du loyer n'est automatique qu'après un arrêté d'insalubrité avec interdiction d'habiter. Avant cela, il faut saisir le juge.

Quels sont les délais de la procédure ?
Le délai entre le signalement et l'arrêté varie de 2 à 6 mois selon la complexité. En situation d'urgence, le préfet peut agir en quelques semaines.

La présence de punaises de lit est-elle un critère d'insalubrité ?
Oui, une infestation grave et persistante par des nuisibles (punaises de lit, rongeurs, cafards) peut caractériser l'insalubrité si elle met en danger la santé des occupants.

Information générale à jour à la date de mise à jour indiquée. Elle ne constitue pas un conseil juridique ou comptable individualisé et ne remplace pas l'accompagnement d'un professionnel.

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