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Malfaçons par métier : cuisiniste, piscine, fenêtres, couvreur

Cuisine mal posée, piscine qui fuit, fenêtres défectueuses, toiture qui prend l'eau : quelle garantie actionner selon le métier et le désordre.

DI
Disputeo — Recherche juridique
7 min

L'essentiel

  • La question clé est toujours la même : le désordre compromet-il la solidité de l'ouvrage ou le rend-il impropre à sa destination ? Si oui : décennale (10 ans). Sinon : biennale (équipements dissociables, 2 ans), parfait achèvement (1 an) ou droit commun.
  • Une piscine enterrée est un ouvrage : étanchéité défaillante = décennale. Une cuisine équipée relève surtout de la garantie légale de conformité (2 ans) et du droit commun.
  • Pour des fenêtres posées en remplacement sur une maison existante, la Cour de cassation a opéré un revirement en 2024 : c'est en principe la responsabilité contractuelle de droit commun qui s'applique, pas la décennale.
  • Quel que soit le métier : réception écrite avec réserves, signalement par LRAR, et expertise en cas de blocage.

Vos droits

Rappel du socle commun. Après réception des travaux : garantie de parfait achèvement, 1 an, pour tous les désordres signalés (art. 1792-6 du Code civil) ; garantie biennale de bon fonctionnement, 2 ans, pour les éléments d'équipement dissociables (art. 1792-3) ; garantie décennale, 10 ans, pour les dommages compromettant la solidité ou rendant l'ouvrage impropre à sa destination (art. 1792, 1792-2, 1792-4-1). S'y ajoutent, pour les biens vendus avec une prestation de pose, la garantie légale de conformité (art. L. 217-3 et suivants du Code de la consommation, 2 ans, défaut présumé exister à la délivrance pendant 24 mois) et la garantie des vices cachés (art. 1641 du Code civil, 2 ans à compter de la découverte du vice).

Le cuisiniste. Une cuisine équipée posée dans un logement existant n'est généralement pas un « ouvrage » au sens de l'article 1792 : les garanties décennale et biennale ne jouent qu'exceptionnellement (par exemple si la pose s'intègre à une construction neuve ou à des travaux lourds). Vos armes principales : la garantie légale de conformité pour les meubles et électroménagers défectueux (façades voilées, caissons non conformes au plan, four en panne) — réparation ou remplacement sans frais, défaut présumé pendant 2 ans ; la responsabilité contractuelle du cuisiniste pour les défauts de pose (plan de travail mal ajusté, raccordements fuyards, implantation non conforme au plan signé) avec son devoir de conseil (prises mal placées, hotte inadaptée) ; et, si la cuisine a été vendue lors d'un démarchage à domicile ou commandée à distance, le droit de rétractation de 14 jours (art. L. 221-18 du Code de la consommation). Fuite sur raccordement qui endommage le parquet : la responsabilité du poseur couvre aussi les dommages consécutifs.

Le pisciniste. Une piscine enterrée (ou semi-enterrée maçonnée) constitue un ouvrage : le constructeur est tenu de la décennale. Relèvent typiquement de la décennale : défaut d'étanchéité du bassin, fissures structurelles, soulèvement de la coque, canalisations enterrées fuyardes, margelles qui se descellent massivement — autant de désordres qui rendent la piscine impropre à sa destination (se baigner dans un bassin qui tient l'eau). Relèvent plutôt de la biennale : les équipements dissociables comme la pompe, le système de filtration, le volet roulant, la pompe à chaleur de bassin. Le liner et les défauts esthétiques (taches, plis) se discutent au cas par cas : si le défaut empêche l'usage normal du bassin, la décennale peut jouer ; sinon, parfait achèvement la première année puis droit commun. Une piscine hors-sol en kit n'est pas un ouvrage : garantie légale de conformité et vices cachés. Vérifiez que le pisciniste a une décennale couvrant l'activité « piscines » — c'est l'un des métiers où les attestations inadaptées sont les plus fréquentes.

Le poseur de fenêtres et menuiseries. Deux situations très différentes. Pose lors d'une construction ou d'une rénovation lourde : les menuiseries extérieures participent au clos et au couvert ; des infiltrations d'air et d'eau généralisées peuvent rendre l'ouvrage impropre à sa destination et relever de la décennale ; un simple défaut de fonctionnement (oscillo-battant déréglé, poignée cassée) relève de la biennale. Remplacement de fenêtres sur une maison existante : la Cour de cassation jugeait depuis 2017 que ces éléments installés sur l'existant pouvaient relever de la décennale ; elle a abandonné cette position (Cass. 3e civ., 21 mars 2024) — désormais, sauf si la pose constitue en elle-même un ouvrage ou cause des dommages à l'ouvrage existant, c'est la responsabilité contractuelle de droit commun du poseur qui s'applique (faute à prouver, prescription de 5 ans à compter de la connaissance du dommage, art. 2224 du Code civil). La garantie légale de conformité reste mobilisable contre le vendeur des fenêtres (vitrage embué entre les vitres, profilés non conformes à la commande).

Le couvreur. La toiture assure le « couvert » : c'est le terrain d'élection de la décennale. Réfection complète qui fuit, tuiles qui s'envolent par grand vent en raison d'une fixation défaillante, zinguerie mal façonnée provoquant des infiltrations, défaut d'écran sous toiture entraînant des désordres généralisés : l'impropriété à destination est généralement retenue, car une maison qui prend l'eau ne remplit plus sa fonction. Les dommages consécutifs (plafonds, isolation détrempée, mobilier) sont réparables dans le même cadre. En revanche, une simple réparation ponctuelle ou un démoussage relève du droit commun, et un défaut esthétique (tuiles dépareillées) du parfait achèvement la première année. Attention aux couvreurs démarcheurs « après tempête » : contrat hors établissement = 14 jours de rétractation et aucun encaissement avant 7 jours (art. L. 221-18 et L. 221-10 du Code de la consommation).

La marche à suivre

  1. Qualifiez le désordre : usage impossible ou dangereux (décennale), équipement dissociable défaillant (biennale), produit non conforme (garantie de conformité), défaut de pose simple (droit commun/parfait achèvement). En cas de doute, visez plusieurs fondements.
  2. Documentez : photos et vidéos datées, relevés (niveau d'eau d'une piscine sur plusieurs jours, par exemple), devis, factures, PV de réception, attestations d'assurance.
  3. Signalez à l'amiable puis par réclamation écrite (LRAR) décrivant les désordres et demandant une intervention sous 15 à 30 jours.
  4. Mise en demeure (LRAR) visant la garantie applicable ; déclarez en parallèle le sinistre à l'assureur décennale de l'entreprise (action directe possible) et à votre assureur dommages-ouvrage si vous en avez un, ainsi qu'à votre protection juridique.
  5. Expertise : amiable contradictoire (convoquez l'entreprise) ou judiciaire en référé (art. 145 du Code de procédure civile) pour les désordres importants — l'assignation interrompt les délais.
  6. Médiation de la consommation (gratuite, art. L. 612-1 du Code de la consommation) ou conciliateur de justice pour les litiges modestes.
  7. Tribunal judiciaire du lieu de l'immeuble : tentative amiable préalable en principe obligatoire pour les demandes n'excédant pas 5 000 € (art. 750-1 du Code de procédure civile), avocat obligatoire au-delà de 10 000 €. Demandez le coût des reprises, les dommages consécutifs et, le cas échéant, un préjudice de jouissance.

Les délais à connaître

  • 1 an après réception : parfait achèvement (tous métiers, tous désordres signalés par écrit).
  • 2 ans après réception : biennale (pompe de piscine, volet roulant, mécanismes de fenêtres posées lors d'une construction).
  • 2 ans à compter de la délivrance : garantie légale de conformité (cuisine, électroménager, piscine hors-sol, fenêtres en tant que produits).
  • 2 ans à compter de la découverte du vice : vices cachés (art. 1644 du Code civil, dans la limite de 20 ans après la vente).
  • 10 ans après réception : décennale (piscine enterrée, toiture, menuiseries d'une construction neuve).
  • 5 ans : responsabilité contractuelle de droit commun (remplacement de fenêtres sur existant, défauts de pose d'une cuisine), à compter de la connaissance du dommage (art. 2224 du Code civil).

Modèle de courrier

[Vos nom, prénom, adresse]
[Nom et adresse de l'entreprise]
Lettre recommandée avec accusé de réception
Objet : malfaçons affectant [la cuisine / la piscine / les fenêtres / la toiture] — mise en demeure

Madame, Monsieur,

Vous avez réalisé à [adresse] la [fourniture et pose d'une cuisine / construction d'une piscine / pose de fenêtres / réfection de la toiture], selon devis n° [numéro] du [date], [réceptionnée le (date) / livrée le (date)].

J'ai constaté le [date] les désordres suivants : [description précise : localisation, ampleur, conséquences — ex. perte d'eau du bassin de X cm par jour, infiltrations en plafond du séjour]. Photographies jointes.

Ces désordres relèvent de [la garantie décennale (art. 1792 et s. du Code civil) / la garantie biennale (art. 1792-3) / la garantie de parfait achèvement (art. 1792-6) / la garantie légale de conformité (art. L. 217-3 et s. du Code de la consommation) / votre responsabilité contractuelle (art. 1217 et s. du Code civil)].

Je vous mets en demeure d'y remédier intégralement dans un délai de [15/30] jours à compter de la réception de la présente, et vous demande de me communiquer les coordonnées de votre assureur de responsabilité décennale ainsi que votre numéro de contrat.

À défaut, je ferai établir un constat et saisirai votre assureur, le médiateur de la consommation dont vous relevez et, en tant que de besoin, la juridiction compétente, l'ensemble des frais engagés vous étant réclamé.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

[Signature]
Pièces jointes : devis, facture, [PV de réception], photographies

FAQ

Mon cuisiniste rejette la faute sur le fabricant des meubles. Qui dois-je poursuivre ?
Celui avec qui vous avez contracté. Si le cuisiniste vous a vendu et posé la cuisine, il répond à la fois de la conformité des meubles (garantie légale de conformité) et de la qualité de la pose. C'est à lui de se retourner ensuite contre son fournisseur — pas à vous.

Ma piscine a été construite par un pisciniste aujourd'hui en liquidation. La décennale joue-t-elle encore ?
Oui, si une assurance décennale couvrait le chantier à sa date d'ouverture : vous disposez d'une action directe contre l'assureur, même après la disparition de l'entreprise. Retrouvez l'attestation jointe au devis ou à la facture.

Mes fenêtres neuves sont embuées entre les vitres : quelle garantie ?
Un double vitrage qui s'embue entre les parois révèle un défaut du produit : garantie légale de conformité contre le vendeur (2 ans, remplacement sans frais), souvent doublée d'une garantie commerciale du fabricant. Si le problème vient d'une pose défectueuse (calage, drainage), c'est la responsabilité du poseur qui est en jeu.

Information générale, à jour en juin 2026. Cet article ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit.

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Avertissement : Cet article fournit une information juridique générale et à jour à sa date de publication. Il ne constitue pas un avis juridique personnalisé et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit. Les délais, montants et procédures évoluent : vérifiez les sources officielles (Service-Public.fr, Légifrance) et, pour une situation complexe, consultez un avocat.

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