Une fissure qui traverse le mur du salon, une porte-fenêtre qui ne ferme plus, une infiltration sous la toiture neuve : quand un défaut apparaît après des travaux, la première question n'est pas « qui est en faute ? » mais « quelle garantie joue ? ». Car en droit français, chaque type de désordre relève d'une garantie précise, avec son propre délai et sa propre procédure. Ce guide vous explique les quatre garanties qui protègent tout maître d'ouvrage — c'est-à-dire vous, le client — et la façon concrète de les actionner. Comprendre ces mécanismes vous permet de engager une démarche structurée auprès de l'artisan ou du constructeur.
L'essentiel
- Trois garanties légales courent à compter de la réception des travaux : parfait achèvement (1 an), bon fonctionnement dite « biennale » (2 ans), décennale (10 ans).
- La réception des travaux est le point de départ de toutes ces garanties : sans réception, pas de délai qui court.
- L'assurance dommages-ouvrage n'est pas une garantie supplémentaire mais un mécanisme de préfinancement : elle paie vite les réparations relevant de la décennale, sans attendre qu'un juge désigne le responsable.
- Ces garanties sont d'ordre public : aucune clause du contrat ne peut les supprimer ni les réduire.
Vos droits
La garantie de parfait achèvement (art. 1792-6 du Code civil). Pendant un an après la réception, l'entreprise doit réparer tous les désordres que vous avez signalés : ceux mentionnés comme réserves dans le procès-verbal de réception, et ceux apparus ensuite, que vous lui notifiez par écrit. Peu importe leur gravité — une peinture qui cloque comme une fissure. Seule limite : les défauts résultant de l'usure normale ou d'un mauvais usage en sont exclus.
La garantie biennale de bon fonctionnement (art. 1792-3 du Code civil). Pendant deux ans après la réception, elle couvre les éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage, c'est-à-dire ceux qu'on peut démonter ou remplacer sans abîmer le gros œuvre : volets, robinetterie, radiateurs, chaudière (selon les cas), interphone, portes intérieures. Si l'élément ne fonctionne plus correctement, l'entreprise doit le réparer ou le remplacer.
La garantie décennale (art. 1792, 1792-2 et 1792-4-1 du Code civil). Pendant dix ans après la réception, le constructeur est responsable de plein droit des dommages qui (c'est pourquoi un devis bien signé et une documentation précise sont essentiels) :
- compromettent la solidité de l'ouvrage (fissures structurelles, affaissement, charpente défaillante) ;
- ou le rendent impropre à sa destination (infiltrations généralisées, défaut d'étanchéité, isolation gravement défectueuse, installation électrique dangereuse).
« De plein droit » signifie que vous n'avez pas à prouver une faute : il suffit de démontrer le dommage et son lien avec les travaux. Le constructeur ne peut s'exonérer qu'en prouvant une cause étrangère (art. 1792, alinéa 2). Sont tenus à la décennale : entreprises, artisans, architectes, bureaux d'études, constructeurs de maisons individuelles, et même le vendeur d'un bien qu'il a construit ou fait construire (art. 1792-1). Si vous découvrez qu'un artisan a omis de souscrire son assurance décennale, vous disposez néanmoins de recours.
L'assurance dommages-ouvrage (art. L. 242-1 du Code des assurances). Toute personne qui fait réaliser des travaux de construction doit en principe la souscrire avant l'ouverture du chantier. Son intérêt : en cas de désordre de nature décennale, l'assureur vous indemnise d'abord, puis se retourne lui-même contre les responsables et leurs assureurs. Vous évitez ainsi des années de procédure. À savoir : un particulier qui construit pour lui-même ou sa famille n'encourt pas de sanction pénale s'il ne la souscrit pas (art. L. 243-3 du Code des assurances), mais il devra alors agir directement contre les constructeurs — et la revente du bien dans les dix ans sera plus compliquée, l'absence d'assurance devant être signalée à l'acquéreur.
Et les désordres « intermédiaires » ? Un défaut apparu après la première année, qui ne touche ni un équipement ni la solidité (par exemple un désordre purement esthétique), relève de la responsabilité contractuelle de droit commun du constructeur, à condition de prouver sa faute. Cette action se prescrit elle aussi par dix ans à compter de la réception (art. 1792-4-3 du Code civil).
La marche à suivre
- Documentez le désordre. Photos datées, vidéos, et si possible un constat de commissaire de justice (ex-huissier) pour les désordres évolutifs. Conservez devis, factures, PV de réception et attestations d'assurance.
- Contactez l'entreprise à l'amiable. Appel ou e-mail décrivant le problème, avec demande d'intervention. Beaucoup de litiges s'arrêtent là.
- Envoyez une réclamation écrite, puis une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR), en visant la garantie applicable et en fixant un délai d'intervention (15 jours à 1 mois selon l'urgence). Pour le parfait achèvement, ce courrier interrompt la contestation sur le signalement ; si l'entreprise n'exécute pas dans le délai fixé, vous pouvez, après mise en demeure restée infructueuse, faire exécuter les travaux à ses frais (art. 1792-6, alinéa 4).
- Déclarez le sinistre à l'assureur dommages-ouvrage si vous en avez un, par LRAR (désordre de nature décennale uniquement). L'assureur a 60 jours pour se prononcer sur la garantie et 90 jours pour vous faire une offre d'indemnité (art. L. 242-1). S'il ne respecte pas ces délais, vous pouvez engager les travaux et l'indemnité est majorée d'intérêts au double du taux légal.
- Expertise et médiation. En cas de désaccord, sollicitez le médiateur de la consommation dont relève l'entreprise (gratuit pour vous, art. L. 612-1 du Code de la consommation) ou demandez une expertise judiciaire en référé (art. 145 du Code de procédure civile) : un expert indépendant décrit les désordres et en chiffre la reprise — et l'assignation en référé-expertise interrompt les délais à l'égard des parties assignées.
- Saisissez le tribunal judiciaire du lieu de l'immeuble. Pour les demandes n'excédant pas 5 000 €, une tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative est en principe obligatoire (art. 750-1 du Code de procédure civile). Au-delà de 10 000 €, l'avocat est obligatoire.
Les délais à connaître
- 1 an après la réception : garantie de parfait achèvement (les désordres doivent être signalés par écrit dans ce délai).
- 2 ans après la réception : garantie biennale de bon fonctionnement.
- 10 ans après la réception : garantie décennale (art. 1792-4-1 du Code civil) et désordres intermédiaires (art. 1792-4-3). Ce sont des délais d'épreuve : le dommage doit survenir et l'action être engagée dans les dix ans.
- 2 ans : prescription de votre action contre l'assureur (dommages-ouvrage ou décennale du constructeur) à compter de l'événement qui y donne naissance (art. L. 114-1 du Code des assurances).
- Attention : une simple lettre, même recommandée, n'interrompt pas ces délais. Seules une assignation en justice (y compris en référé), une reconnaissance écrite de responsabilité par l'entreprise ou son assureur, ou certaines mesures conservatoires les interrompent.
Modèle de courrier
[Vos nom, prénom, adresse] [Nom et adresse de l'entreprise] Lettre recommandée avec accusé de réception Objet : mise en demeure — désordres affectant les travaux réceptionnés le [date]
Madame, Monsieur,
Vous avez réalisé à mon domicile situé [adresse du chantier] des travaux de [nature des travaux], réceptionnés le [date], conformément au devis n° [numéro] du [date].
J'ai constaté le [date] les désordres suivants : [description précise — localisation, étendue, conséquences]. Vous trouverez ci-joint des photographies datées.
Ces désordres relèvent de la garantie [de parfait achèvement (art. 1792-6 du Code civil) / biennale de bon fonctionnement (art. 1792-3) / décennale (art. 1792 et suivants)].
En conséquence, je vous mets en demeure de procéder aux réparations nécessaires dans un délai de [15/30] jours à compter de la réception de la présente. À défaut, je me réserve le droit de faire exécuter les travaux aux frais de votre entreprise et de saisir votre assureur ainsi que la juridiction compétente.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
[Signature] Pièces jointes : [photos, PV de réception, devis, factures]
FAQ
L'entreprise a fermé : mes garanties sont-elles perdues ? Non, pour la décennale. L'assurance décennale souscrite par l'entreprise couvre les chantiers ouverts pendant la période de validité du contrat, même si l'entreprise a disparu depuis. Vous pouvez agir directement contre l'assureur (action directe). Demandez l'attestation d'assurance jointe au devis ou à la facture, ou interrogez l'ancien liquidateur.
Puis-je cumuler parfait achèvement et décennale la première année ? Oui. Un désordre grave apparu la première année peut relever des deux. En pratique, visez les deux garanties dans votre courrier : le parfait achèvement oblige l'entreprise à réparer rapidement, la décennale ouvre l'action contre son assureur.
La garantie joue-t-elle pour de petits travaux de rénovation ? La décennale s'applique aux travaux constitutifs d'un « ouvrage » ou portant sur lui : extension, réfection complète de toiture, ravalement avec fonction d'étanchéité, par exemple. De simples travaux d'entretien ou d'embellissement (peinture décorative, pose de moquette) relèvent de la responsabilité contractuelle de droit commun, pas de la décennale.
Information générale, à jour en juin 2026. Cet article ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel du droit.
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